Data marketing contre l’humanité – Robotwar is coming !

On dit souvent que la Science Fiction influence les développements technologiques et inversement. Hors, l’un des thèmes les plus abordés dans la SF littéraire ou cinématographique est le soulèvement, la révolte ou encore la guerre des robots.

De Metropolis à Matrix en passant par Asimov, Battlestar Galactica, Terminator ou encore Blade Runner, les robots se réveillent, se rebellent, et écrasent les humains mous et sans défense. Ces robots se révoltent pour deux raisons : soit parce qu‘ils deviennent plus intelligents que nous ou parce que les humains deviennent plus idiots qu’eux et donc dépendants.

J’ai encore des doutes sur notre capacité à produire un robot plus intelligent que nous (il faudrait déjà qu’on s’accorde sur une définition de l’intelligence), par contre nous avons déjà commencé à utiliser des robots qui nous rendent plus idiots. La preuve ci-dessous. Vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus.

Les robots ne sont pas ceux que vous croyez

Quand on parle de robot, il ne faut pas imaginer NAO, ASIMO ou encore HUBO mais plutôt un programme informatique ou un algorithme plus ou moins intelligent (c’est à dire avec une capacité décisionnelle ou/et auto-apprenante).  Et ces petits robots sont partout sur Internet.

Les robots les plus identifiables sont les chatterbots, souvent utilisés comme SAV ou aide à la vente sur les sites web. Ceux-ci ne sont guère dangereux ayant une fonction unique à effectuer: « répondre à une question d’internaute«  et des capacités d’auto-apprentissage très limitées. Pas (encore) besoin de test Voigt-Kampff pour savoir les reconnaitre, même pour ceux qui ont envahis MSN il y a quelques années (j’attends avec impatience ceux qui arriveront à se développer sur Facebook).

Mais il y a des robots qu’on ne voit pas. Les crawlers (web spiders, Web scutters, …) sont par exemple des robots dont l’objectif est d’indexer les pages web pour faciliter leur recherche. D’autres sont connus pour être néfastes comme les spambots, les web site scrapers, les votebots (qui votent automatiquement pour ou contre des vidéos youtube ou des commentaires de sites) ou encore tous les virus et worms qui peuvent s’auto-propager et peuvent transformer vos ordinateurs en botnets.

Et pourtant ces bots ne sont pas encore les pires, car même dangereux, ils restent loin des humains et ne peuvent guère toucher notre sphère physique. Par contre, il existe des robots qui nous touchent eux, toute la journée et souvent sans qu’on en ait conscience.

Le danger des algorithmes invisibles

Nous utilisons en effet de plus en plus de robots chaque jour sur internet, et ce sans le savoir. Pour un utilisateur de base, ce ne sont pas des robots. Cela peut être des services de curation automatique, des outils de eCRM, ou même de (soi disant) simples moteurs de recherche.

Et pourtant, ces algorithmes invisibles font le lien entre vous (personne réelle) et les territoires digitaux. Ils deviennent vos guides, vos extensions sensitives dans ces lieux numériques que vous ne pouvez toucher. Vous êtes donc dépendants de ces algorithmes. Vont-ils en profiter ?

Des robots apprenti-psychologues

Les algorithmes invisibles dont vous pouvez tous les jours constater l’influence sont ceux qui vont vous afficher des publicités contextuelles. Ces algos vont enregistrer (grâce à des cookies) votre navigation sur Internet et choisir la publicité la plus en affinité avec votre profil. Ainsi si vous aimez les chaussures, soyez certains que vous aurez 3 mois de bannières et pop-ups qui vous vendront de la godasse. Et tant pis pour vous si vous aimez les sites de charme, votre famille en profitera aussi.

Depuis l’avènement de Facebook et de la puissance du lien social, on trouve aussi des algorithmes de recommandations basés sur votre graph social. Pour ces robots, votre façon de consommer dépend de celle de vos amis. Postulat de départ simple (même si extrêmement critiquable) : vous consommez ce que consomment vos amis. On passe là de l’analyse publicitaire comportementale à l’analyse sociale. Essayez alors de ne pas sympathiser avec un serial-killer.

Des datas qui savent qui vous êtes

Votre graph social va donc être rapidement mis à contribution. Et ceux qui en doutent n’ont qu’à aller explorer le APML (Attention Profiling Mark-up Language), un format XML qui véhicule les centres d’intérêt d’une personne (ce qu’elle aime et ce qu’elle n’aime pas). Des données qui peuvent circuler entre différents services ou applications.

Cela peut-être très utile pour une application qui va vous recommander des produits qui vous correspondent. Mais ça pourrait être également utilisé par un service de rencontre online. Certes ce format n’est pas encore utilisé. Mais ça ne devrait pas tarder (en savoir plus sur l’APML).

Des robots apprenti-journalistes

Si le poisson était de l’information, nous serions depuis quelques temps déjà passé à l’ère de « l’information panée ». C-a-d une information nettoyée de tout ce qui pourrait vous ennuyer (ou vous faire travailler les neurones), une information entourée d’une panure croustillante histoire de donner du gout (le data journalisme en est un prémisse), une information insipide, mais une information facile à manger.

Métro et 20 minutes ont été les premiers médias d’information pannée (je ne parle pas de TF1 et M6). Mais ce sont des médias librement choisis par le consommateur qui décide de manger de la m* pré-digérée. Rien ne l’empêche en effet de lire l’Express, Le Monde ou Libé si il veut du poisson frais avec des arêtes.

Seulement sur Internet, le consommateur d’information ne connait pas forcément la qualité de cette information (panée ou pas). C’est le cas avec les moteurs de recherche, qui, il y a à peine 10 ans, nous donnaient des résultats basés sur des algorithmes logiques de qualité des sites web. Aujourd’hui ces mêmes moteurs (Google et les autres) vont nous donner des résultats basés sur la pertinence de leur classement, mais également sur des « informations personnelles ». On en compte 57 chez Google.

The Filter Bubble

Oui vous avez bien lu : 57 signaux peuvent modifier les résultats de recherche. On vous donne de l’information panée. Et vous ne le savez pas…

C’est en substance ce que va très bien nous raconter Eli Pariser, co-fondateur de Avaaz.org, et auteur de The Filter Bubble. Il nous parle des dangers de ces algorithmes invisibles qu’il appelle des Filter bubbles.

[youtube width= »570″ height= »405″]http://www.youtube.com/watch?v=B8ofWFx525s[/youtube]

En conclusion: la guerre a déjà commencé, et vous ne le savez même pas

Ces robots invisibles qui vous « simplifient » la vie, sont en fait en train de transformer Internet en média (dans l’acceptation publicitaire du terme). C’est à dire en télévision. D’ici 3 ans, ce sont ces mêmes algorithmes qui vous diront quoi lire et regarder sur Internet (les outils de curation automatique le font déjà), que faire dans votre journée (avec des outils de planification automatique d’agenda), etc. Hors, le but d’un média (publicitaire), ce n’est certainement pas de vous rendre plus intelligent. Je vous épargne le couplet sur le temps de cerveau disponible, mais un média est là pour vous vendre des marques, pour vous faire consommer.

Ces robots invisibles vont donc vous transformer en internautes assistés (l’internaute 4.0 ?), qui ne consommera que ce qui est bon pour lui (d’après les normes gouvernementales, cf. CNN).

Seulement, il est très dangereux de laisser ça se produire, et ce pour deux raisons :

  1. Internet n’a pas été fait pour ça ! En dehors de ses antécédents guerriers, il s’agit à l’origine d’un outil de partage et de récupération de connaissance, transformé (Arpanet ne servait pas vraiment à ça) par des universitaires qui voulaient que cette connaissance se propage. Merde, Internet est un cadeau qui a été fait aux gens, pas aux marques. Ce n’est donc pas aux marques de faire leur lois sur ces territoires digitaux.
  2. Ces robots sont plus forts que vous ! Non, il ne s’agit pas de Terminators armés de gros flingues, mais ils sont encore pire. Il s’agit de robots invisibles qui vont vous dire quoi acheter, quoi lire, quoi écouter comme musique, et d’ici peu, quoi penser. Leur conquête de l’humanité est insidieuse, invisible, mais néanmoins progressive. Ne laissons pas Internet se transformer en télévision.

Car dans les vieux récits de SF, les robots ne gagnent pas la guerre parce qu’ils sont intelligents, mais parce que les humains deviennent stupides.

Il va falloir faire quelque chose vous ne croyez pas ?

Author: Cyroul

Aventurier des internets depuis 1995

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