Hier soir j’ai reçu un mail d’une personne que je ne connaissais pas sur ma bal pro. Il s’est avéré que d’autres entreprises ont reçu le même. Voilà le mail :

J’ai forcément été ému par le ton sincère et l’argumentaire  passionné véhiculé par ce mail que seul un spammeur peu subtil aurait pu écrire. Alors pour que vous puissiez tous profiter de ce mail à sa juste valeur, je vous livre ici ma grille de lecture (rapidement, j’ai du travail).

Indice 1 : l’expéditeur est un super Spammeur SEO /SMO

La valeur d’un e-mailing vient (ou devrait venir si l’internaute moyen était mieux éduqué) de l’expéditeur et de la confiance qu’on lui accorde. L’expéditeur du mail précédent n’étant pas connu, il faut prendre ce mail comme il arrive, c’est à dire comme du spam non sollicité. L’expéditeur est donc un SPAMMEUR !

Un très bon spammeur d’ailleurs. Car ce petit coquin a même ajouté un « cliquez ici pour vous désabonner ». C’est sympa hein ? Sachant que je ne me suis jamais abonné à ce truc. Confiance et netiquette sont ici très bien imités. C’est un super spammeur !

Quand vous regardez la structure du mailing, vous vous apercevez qu’il y a des liens partout. des liens bien formés (même le lien « téléphone » qui indique que ce mailing a été prévu également pour être lu sur mobile). Ce type de travail nous montre que l’expéditeur connait bien les techniques de référencement.

Ensuite, quand on regarde l’impressionnante collection de buzzwords que contient ce mail, on peut voir qu’il a été construit pour impressionner.  Une petite récolte rapide nous donne :  réseaux sociaux / relation privilégiée / lien qualitatif et durable / valeurs / long terme / image / fans / recommandation / communiquer / booster votre notoriété social (sic) / crédibilité / prospects / booster vos réseaux sociaux / qualité / meilleurs prix / N°1 de la vente de fans

On dirait vraiment un article optimisé SEO d’un blog/media de merde comme il y en a plein aujourd’hui. Alors certes c’est un mailing, mais un mail comme celui-là, bénéficiant d’un temps d’attention de quelques secondes, peut tout à fait tomber dans le panneau et cliquer bêtement pour en savoir plus.

Indice 2 : la démonstration s’adresse à des débiles mentaux

Car un observateur attentif ne peux que sourire face aux contradictions de ce mail complètement illogique. Reprenons la rhétorique et démontons ce discours pour attardés.

Paragraphe 1 :

  1. les français sont sur les réseaux sociaux
  2. donc il faut attirer ses clients pour créer une relation privilégiée sur les réseaux sociaux (durable, quali et blabla).

Déjà, quel rapport entre les « français » et vos clients ? Si 70% des français sont sur des réseaux sociaux (et il n’est pas prouvé qu’ils soient uniquement sur facebook et twitter), est ce que 70% de vos clients le sont.

Ensuite, c’est bien joli une « relation privilégiée » mais pourquoi faire ? Moi je suis une entreprise, ce que je veux c’est vendre. Créer une relation, c’est le boulot de mon CRM. Et puis ça coute cher de créer et d’entretenir une relation, nettement plus que d’acheter des fans.

Et enfin, en quoi acheter quelqu’un crée une relation ?

Paragraphe 2 :

  1. 71% des internautes aiment les marques qui dialoguent sur internet
  2. 92% de vos fans facebook recommanderont votre entreprise

Des statistiques balancées à tout va sans relations entre elles. Mais ça fait sérieux donc on peut imaginer que quelques directeurs couillons qui ne connaissent rien à Facebook vont se laisser avoir. Pour ceux qui lisent cet article (mais ça m’étonnerait, je n’ai que des lecteurs très intelligents) allez là : des chiffres pour les Facebook couillons.

Paragraphe 3 :

  1. c’est très facile de communiquer sur les réseaux sociaux
  2. vous devez « booster votre notoriété social » (gasp !)
  3. le service vous propose d’acheter des fans Facebook, followers ou vues Youtube
  4. vous allez gagner en crédibilité, engager de nouveaux prospects et « booster vos réseaux sociaux »

Donc, acheter des des fans va donc vous rendre plus crédible… Mais quel directeur communication peut être suffisamment stupide pour croire ça ?

Donc, acheter des fans va vous permettre d’engager de nouveaux prospects… Mais quel directeur marketing peut être suffisamment con pour croire ça ?

Tous les annonceurs ne sont pas des débiles mentaux…

Il y a tout juste une semaine, une jolie polémique a vu le jour à propos d’un appel d’offre publique pour la construction d’un stade de rugby (= plein de pognon filé par l’état français). Deux villes sont en lice Ris-Orangis et  Thiais-Orly. L’appel d’offre est près d’être bouclé, et la tension monte entre les deux villes (et j’imagine que les boites de communication / conseil des deux villes doivent avoir une pression maximale).

Et puis, Ris-Orangis (enfin plutôt Havas, la boite de communication de la ville) décide de « booster son réseau social » en achetant des fans. Rapide, efficace, à quelques jours de la fin de l’appel d’offre, leur concurrent est foutu ! Ahhh, on est les meilleurs, on fait de la communication stratégique !

Seulement, malgré les nouvelles mesures de Facebook pour noyer ce genre d’informations, il y a toujours des façons de vérifier si les fans de votre page sont de vraie personnes ou pas. Et là, c’était sans appel. C’était au Bangladesh que Ris-Orangis avait le plus de fans.  Et l’information fuita.

Le résultat sera pour la marque de très très mauvais RP (Havas délocalise le rugby Français et Facebook : pourquoi les entreprises achètent des fans? entre autres). Je ne sais pas quels sont les critères de sélection pour cet appel d’offre, mais si la communication sur Internet en fait partie, Ris-Orangis est mal barré.

Car voilà le vrai résultat de l’achat de fans pour votre réputation de marque. Il est évident que vous n’allez pas tisser des « liens qualitatifs et durables » avec des Bangladais (ou des robots). Ceux qui vous racontent ça ne sont que de vulgaires arnaqueurs.

Mais c’est bien fait pour les marques qui se font avoir. Car je le dis et redis, ce type d’erreur n’est pas la faute de l’agence qui est là pour vendre et atteindre des objectifs fixés par l’annonceur. C’est de la faute de l’annonceur qui censé comprendre ce qu’il achète. Si il n’a pas les connaissances suffisantes pour comprendre, il doit passer par des boites spécialisées pour l’aider à rationaliser sa stratégie. Il n’y a pas de mauvaises agences, il n’y a que de mauvais clients qui ne savent pas choisir de bonnes agences, et préfèrent choisir des arnaqueurs qui leur promettent la lune pour pas cher.

J’ai l’air énervé, mais en ce moment, je vois trop d’annonceurs qui viennent me voir quand c’est trop tard. Quand la marque a été égratignée sur Internet et qu’il n’y a plus de budget pour réagir car tout a été mis dans une vidéo virale qui n’a rien buzzé du tout. Quand la stratégie digitale de l’agence sélectionnée (après un appel d’offre de 3 mois)  consistait en un compte Twitter et une page Facebook. Du gâchis ! Du gâchis de compétence, d’énergie, de création, de motivation. Et je déteste le gâchis. C’est ce qu’il y a de pire sur Internet.

Heureusement, ce mail stéréotypé ci-dessus est une sorte d’exemple absolu de ces discours faux-cul bourré de buzzwords chargés d’épater les directeurs de marque émerveillés aux QI (quotients Internet) en berne. J’espère donc que dans ce contexte, il servira à les éduquer plutôt qu’à les arnaquer.