Emploi et robotique, les robots ont bon dos (1/4)

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J’affirme que 99% les gens qui cliquent sur cet article ne le lisent pas.

Et voilà, encore un article sur les méchants robots qui vont nous piquer notre travail en 2020 (ci-contre). Bon, certes c’est un article-au-clic, c’est à dire un article construit (souvent par des robots d’ailleurs) pour attirer les masses glandeuses (contraire de laborieuses) et vendre de la pub.

Seulement force est de constater une recrudescence de ces articles catastrophes qui se résument en « les robots vont nous piquer nos boulots !« .

Aussi, vu l’inculture numérique crasse de la plupart des médias d’aujourd’hui – que ce soit parce que les vieux redac-chefs ont 158 ans ou parce que les jeunes redac-chefs ont fait des écoles de journalisme (où l’on évite le sujet du numérique car il fâche), je vous propose de prendre un peu de hauteur sur le sujet en évitant le politiquement correct.

C’est en 4 parties (parce que je n’aime pas faire les choses à moitié), c’est gratuit (pas de pub sur cyroul.com), et ça pourra vous servir quand vous lirez le prochain « Oh les méchants robots vont nous piquer nos femmes et nos enfants…« .

Attention, perte d’emplois de merde à prévoir dans les prochaines années

Larry Page (le président de Google) prédit que « 9 emplois sur 10 sont automatisables à relativement brève échéance. L’arrivée de robots intelligents va entrainer un bouleversement absolument gigantesque du marché du travail d’ici 2050« .
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Domo arigato mister McDo

Oui, certes, d’ici 2050 le marché du taff va changer; pas la peine de s’appeler Larry Page pour en être convaincu. Mais ce qui est inquiétant c’est que « 9 emplois sur 10 sont automatisables à relativement brève échéance« . Si c’est le cas, c’est que 9/10 emplois sont des emplois de robots.

Et c’est quoi les emplois de robots ?

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Le robot de Momentum Machines peut fabriquer un burger en 10 secondes. Il coute moins cher qu’un salarié et ne crache jamais dans le burger. Elle est pas belle la vie de consommateur de burger ?

Bill Gates annonce « qu’en 2035 il n’y aura plus d’infirmières parce qu’elles auront été remplacées par des automates« . Plus d’infirmières, mais aussi plus d’ouvriers dans les usines, plus de trieurs de courrier, plus de chaines de montage, plus de profs en grève (remplacés par des MOOC beaucoup moins chers, réutilisables et rarement en panne), plus d’assistant de surface, plus de contractuels, plus d’agents de la fonction public, plus de mineurs, plus d’ouvriers, plus… plus d’emplois de merde ?

Car, sans politiquement correct, sans fierté mal placée, on peut affirmer qu’il s’agit d’emplois de merde. Pourquoi ? Parce que nous avons déshumanisé peu à peu ces fonctions pour les rendre le plus prévisible et déterministe possible.
A force d’optimisation, de recherche de rentabilité, nous avons enlevé la composante humaine qui aurait pu être au centre de ces métiers pour les transformer en métiers capables d’être gérés par des ordinateurs, et donc tout à fait exécutables par des machines.
Illustration by Andrew Rae; Photograph: Bettmann/Corbis
Illustration by Andrew Rae; Photograph: Bettmann/Corbis
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Très bonne analyse du sujet par Catherine Simon,
Quand Bill Gates dit que l’infirmière est remplaçable par un robot, c’est qu’il enlève à l’infirmière toute l’humanité, l’empathie, les conseils, l’expérience, qu’elle peut ajouter dans son job.
Et malgré toute l’aversion qu’on peut avoir pour cette idée, Bill Gates n’a pas si tort.
Aujourd’hui l’infirmière n’est pas payée pour être humaine ou empathique. Elle est payé pour faire un boulot factuel,  qu’on peut saisir dans une base de donnée, avec des horaires de début et de fin de service, des patients assignés et des feuilles d’évaluation tous les 6 mois. Oui, c’est horrible, mais c’est une réalité sociale. Nous avons transformé des humains en outils, et donc des  métiers « humains » en métiers de robots.

Si un robot peut faire mon travail,

c’est que je fais un travail de robot

Car ces métiers ne rémunèrent pas le talent, l’humour, le calme, la patience, la pédagogie, toutes ces qualités véritablement humaines.  Et se lever le matin, distribuer des médicaments, piquer des patients anonymes, ça c’est un travail de robot. Ce n’est certainement pas ce qui fait une bonne infirmière, mais si c’est ce pour quoi elle est payé, un robot peut le faire. Et voilà comment nous avons transformé un emploi humain en emploi de robot en moins de 40 ans.

Robear, l'infirmière robotisée. Aucun risque de tripotage par le médecin chef.
Robear, l’infirmière robot par les japonais de Riken. Aucun risque de tripotage forcé par le médecin chef. Une victoire absolue pour les féministes et pour les actionnaires de l’hôpital.

Et cet exemple est valable pour tous les emplois. A force de rechercher du profit, à rentrer dans des cases (35h + pause café de 5 min + 1,75%  du SMIC + tickets resto, etc.), nous avons construit une société qui est prête à être robotisée.

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Le rouage dans la machine. Nous on l’aime bien ce gars moustachu, mais notre société libérale l’envoie dans la rue en 5 minute. Car on s’en fout qu’il soit drôle, il fait perdre de L’ARGENT…

C’est notre faute. Nous avons oublié l’humain pour privilégier le confort.

Et ne cherchons pas un seul coupable. Les syndicats, les politiciens, les chefs d’entreprises véreux et les salariés eux-même sont responsables de cette situation. Il fallait pas transformer l’humain en simple case dans un tableur Excel.

La seule alternative aujourd’hui pour défendre ces métiers est de se battre pour la reconnaissance de la partie inquantifiable de ces métiers, la partie humaine. Mais qui se bat pour elle ? Ni les syndicats, ni les partis politiques. Le seul espoir est dans les chefs d’entreprise. Qu’ils comprennent qu’il y a une véritable valeur dans l’humain. C’est pas gagné.
Heureusement, face à ce constat amer, on voit poindre une lueur d’espoir, car les robots vont créer des emplois (suite 2/4 de l’article à venir).