le Creative Technologist, concepteur des années 2010

r6t6HkRMardi dernier, nous nous sommes réunis avec un tas de Creative Technologists pour partager le bout de gras (saucisson) en échangeant des idées (bière). Il y avait un peu de tout comme profils chez ces Creative Techs (CT). L’on trouvait du pubard, de l’artiste, de l’annonceur, du expérimenté, du frais de l’année, du très technique, du très branding, etc. Et cette rencontre nous a permis de mieux nous connaître et d’échanger sur cet intitulé qui nous réunissait.

Seulement, force est de constater qu’il ne sera pas évident de trouver une définition commune du CT. Chacun ayant en effet une perception et une utilisation différente du concept de « Creative Technologist » suivant son expérience et le lieu où il exerce cette « profession« , si c’en est une. Et pourtant, il s’est dessiné au fur et à mesure de la soirée (et de la bière ingurgitée), une image du Creative technologist qui se rapproche de celle du concepteur ergonome (UX) des années 90.

Idée très intéressante, que je m’en vais développer ici.

Le concepteur ergonome, traducteur digital des années 90

En 1995, le métier de Concepteur Ergonome de site web  n’existait pas. A cette époque, nous fabriquions des sites web (création + programmation) à partir de brief écrits sur des tickets de métro. Mais le client était content et nous aussi. De l’artisanat par ordinateur.

inventor-thomas-edison-s-latest-electric-lamp-with-various-aspects-of-make-up-of-bulb-and-socketEt puis, face au déferlement des nouveaux clients voulant des sites web, des briefs semi-foireux qui en résultaient et surtout de l’augmentation du nombre de métiers différents plus ou moins expérimentés dans les agences, il a fallu se mettre à rationaliser le processus de conception d’un site web. Le métier de concepteur ergonome est alors né dans certaines agences pionnières (BabeL@Stal ou Himalaya – les vieux s’en souviennent) obligées de créer un processus de traduction du brief client en un langage compréhensible par tous les interlocuteurs (clients, développeurs et créatifs). Des interlocuteurs qui avaient du mal à se comprendre tant à l’époque chacun inventait son métier.

Le concepteur ergonome aura fini par devenir indispensable chez les pure players web, se spécialisant pour offrir toute la gamme des services nécessaires à ce qu’on appelle aujourd’hui l’UX, l’expérience utilisateur (visual design, information design, specs techniques ou besoins utilisateurs). Aujourd’hui il existe même des formations en UX.

Il s’agit bien d’un métier inventé en moins de 20 ans.

Le Creative Technologist, traducteur des années 10 ?

20 ans après nous voilà dans un contexte tout à fait similaire : l’incompréhension entre des métiers qui nécessite un traducteur. Mais les acteurs à traduire ne sont pas les mêmes que dans les années 90.

Metropolis2

1- Tout d’abord, il faut traduire un langage marketing OU communicationnel. Je distingue les deux car on peut tout à fait avoir des objectifs purement publicitaires (The Brand) pour concevoir une expérience connectée ou au contraire, avoir des objectifs très rentabilité (The ROI). Lisez Les campagnes Creative Technologist, entre buzz et UX pour vous en convaincre.

2- Ensuite il faut traduire un langage créatif, car l’objectif du Creative Tech est en résumé  d’injecter de la création dans la technologie, ou de la technologie dans la création. Evidemment, il faut parler design, parler expérience émotionnelle. De la pure création sans entrave, sans contrainte 2D comme elle l’a été depuis 50 ans. Car sachez-le, le print, la tv, c’est de la 2D ! 

3- Enfin il va falloir traduire ça dans un langage technique qui fonctionne. Corollaire, il faut savoir ce qu’on peut faire avec la technologie pour l’appliquer à son projet. Oui, on parle bien de prototypage là. Car on a bien compris que vous vouliez vendre une super appli à réalité augmentée qui vous permet de remplacer votre marque à la place des autres. Seulement, est-ce faisable ? Sur quel support ? En combien de temps ? Et pour quel prix ?

Plus qu’un métier, le Creative Technologist est une démarche

En associant ces 3 compétences (marketing + création + technologie), le CT a toutes les chances d’être excellent. Seulement qui est capable aujourd’hui d’avoir ces 3 expertises ? Très très peu de gens. Et c’est normal, car il faut bien une demi vie pour avoir la chance de cumuler de l’expérience en création, en technologie, et en marketing/pub.

Alors comment faire quand les agences choisissent des CT de 28 ans ? Et si on on rajoute en plus, la notion qu’il s’agit d’un poste que l’annonceur n’a pas forcément envie de payer aujourd’hui, on arrive avec une vision du CT un peu hasardeuse, entre bidouilleur stagiaire qui vous coûte des sous et génie indispensable qui vous déplombe une marque pour la faire passer au 21e siècle.

russian

Mais il y a une solution à ce problème… Reprenons notre analogie initiale, dans les années 96, quand le métier de concepteur-ergonome n’existait pas encore. A cette époque, on réunissait un créa, un développeur et un commercial dans une salle et on appelait un expérimenté (à l’époque celui qui avait 2 ans de pratique était le plus expérimente de l’agence) pour les aider à se comprendre entre eux. C’était donc une démarche de travail orchestrée par un senior expérimenté doué de grandes capacités d’écoute et de vulgarisation, bien avant de se transformer en métier cadré. 

Et c’est pareil pour le Creative Technologist. Vous pouvez, certes embaucher un CT sur sa gueule ou ses compétences (le 2e sera amplement plus utile), mais vous pouvez également, pourquoi pas, faire avec les moyens du bord. Vous avez certainement un développeur expérimenté qui s’amuse à créer des trucs que vous ne comprenez pas. Ou un créatif qui aime réaliser des choses en dehors de l’Illustrator de l’agence. Ou même, pourquoi pas, un commercial qui sait parler le créatif, le technique et le client.

VOus avez ces profils en stock ? Capitalisez sur eux pour animer cette démarche Creative Technologist. Le seul prérequis indispensable étant leur véritable volonté d’écoute et de vulgarisation. Car si ils gardent leurs infos et leurs idées pour eux, ils seront mauvais Creative Tech. Mais sinon, au fur et à mesure des projets sur lesquels vous appliquerez cette démarche, vous verrez peut-être se construire ce nouveau métier au sein de votre agence ou votre annonceur, ce métier de Creative Technologist qui ressemblera de façon à votre agence, ou à votre marque. Comme les concepteurs avaient dans les années 90 la marque des agences où ils travaillaient.

Auto-PROMO: et si vous êtes vraiment dépassé par tout ça (et que vous avez des sous), appelez ma boite, on vous expliquera.

  • Sylvain Maretto

    Ze perle rare.

  • Il faut distinguer compétences et connaissances. Je pense que le CT doit avoir toutes les connaissances possibles. Quand aux compétences, il sera obligé d’en acquérir pour être capable de mettre en pratique ses connaissances sans faire brûler sa baraque.
    Si tu as un CT qui ne fait que du 2D, il ne pourra pas imaginer des solutions en internet des objets.
    Si tu as un CT qui ne fait que de la création électronique, il ne pourra pas imaginer un service basé sur des API intéressantes.
    Donc le CT est un mix de tout ça. Quelqu’un qui s’intéresse à tout, qui teste tout pour en saisir les possibilités.
    C’est mon point de vue.

  • Sylvain Maretto

    Question du jour.

    Quel type de compétences dev faut-il avoir pour être crédible sur la technologie. Du simple 2d d’écran (Html, css, JS et PHP) ou faut-il plutôt être capable d’aller mettre les doigts dans les API des autres plateformes voire « d’objets » tels que les drones, un kinect, du processing et du arduino ? Vous avez bien du aborder ce sujet là je suppose.