Faut-il aller à la rencontre des aliens ? NovFut #7

L’un des thèmes majeurs de la SF est celui de la rencontre avec une race, culture extra-terrestre. Que se passe-t-il quand l’humanité se confronte à l’altérité ? Et surtout, doit-on favoriser, redouter ou condamner cette rencontre ? C’est le sujet de ce NovFut #7 qui vous propose également le lot de news SF du mois de juin. Bonne lecture !

La belle rencontre, celle de la communication

Rompant avec la tradition cinématographique du méchant alien, Spielberg nous propose coup sur coup Close Encounters of the Third Kind (1977) et E.T. (1982). Deux très beaux films où la rencontre entre des gentils aliens et des humains se passe bien. Si dans le premier film, la rencontre tourne bien (le synthé est un langage universel), dans le second, seuls les enfants seront capables de véritablement comprendre l’alien écolo. Les militaires – et les adultes de façon générale – étant toujours réfractaire à ce qui est différent (et notamment l’écologie).

Cet idée de la communication comme lien universel entre races extra-terrestres se retrouve évidemment dans la chronologie de Star Trek où le 5 avril 2063, un vaisseau Vulcain atterrit dans le Montana sans se faire tirer dessus d’abord (hé, c’est de la SF), le premier pas vers la fondation de la United Federation of Planets. Ce principe de la « communication avant tout » est illustré dans l’exceptionnel épisode “Darmok and jalad… at TanagraPicard se retrouve abandonné sur une planète déserte avec un ennemi au langage indécodable, leur seul espoir de survivre passant par une compréhension mutuelle. La même idée que Enemy Mine de Wolfgang Peterson (1985), où l’alien et l’humain iront même bien plus loin en se mélangeant physiquement. On retrouve cette idée comme le ressort principal du très bon Premier Contact de Denis Villeneuve (2016) où l’espoir de l’humanité repose sur sa capacité à décoder le langage alien.

De biens belles rencontres, qui, pour avoir lieu nécessitent ouverture d’esprit, imagination et empathie. Trois compétences qui ne sont pas du tout développées dans nos cultures occidentales technologistes (au sens large, Chine incluse).

La rencontre-marchande

Dans les années 50, baignant dans l’enthousiasme de la croissance nationale, beaucoup d’auteurs américains de Science Fiction se sont mis à raconter des histoires de rencontres commerciales entre les humains et des races extra-terrestres.

Dans les récits de SF de cette époque, on trouve ainsi différentes incarnations de marchands astucieux, dignes descendants de Sinbad le marin, préférant l’art de la vente à l’art de la guerre. Je pense à Nicolas van Rijn (dans le cycle de la Hanse Galactique de Poul Anderson) ou encore Hober Mallow (dans Fondation d’Isaac Asimov). Des figures déterminées, astucieuses, à la moralité trouble mais à l’humour évident. L’archétype du commerçant roublard qui va se propager dans toute la SF moderne, de Tshaï à Tatooine (Jabba).

S’il est vrai que l’échange, l’achat ou la vente a souvent été le premier pas vers une autre culture. Et que l’échange de marchandises est effectivement une façon de ne pas se faire la guerre, l’erreur serait d’imaginer que le capitalisme est un principe invariant universel. Qui nous dit qu’une race extra-terrestre ne serait pas communiste, anarchique, auto-gérée, ou même un système de gestion de l’économie que nous ne pouvons pas imaginer ?

La rencontre commerciale est donc aussi exclue, car bien trop anthropocentrée.

La rencontre-exploitation

Un scénario beaucoup plus crédible est celui de l’exploitation « commerciale » d’une nouvelle race (ou d’un nouvel environnement). C’est l’histoire racontée dans l’Avatar de Cameron, lui-même très inspiré de la BD Aquablue de Cailleteaux et Vatine où un peuple (bleu), natif d’une planète océanique, se retrouve confronté à une corporation venue faire du profit sur leur planète.

Des rencontres bien trop connues, qui reprennent l’équation historique : si tu es mon égal (militairement parlant), je commerce avec toi mais si tu es mon inférieur, je t’apporterai tout de même les bienfaits de la civilisation que tu le veuilles ou non. Regardez ce qui reste de l’Afrique. Vous croyez qu’une corporation hésiterait à faire la même chose sur une planète lointaine ?

La rencontre-incompréhension

Quand les mots ne fonctionnent pas, les incompétents font parler la poudre. Le conflit entre l’humanité et une race alien est très exploité dans la SF. Dans le très juste The Forever War (Joe Haldeman, 1974) ou de façon plus graphique dans Starship Troopers (Paul Verhoeven, 1997) pour arriver à sa conclusion naturelle dans Ender’s Game (Orson Scott Card, 1985), c’est à dire l’annihilation totale de la race alien suivie par l’argument militaire hélas bien trop familier dans l’histoire de l’humanité : “On n’avait pas le choix, c’était eux ou nous !”.

On n’avait pas le choix, c’était eux ou nous !

La rencontre-défense contre l’invasion

L’invasion extraterrestre est un ressort fictionnel idéal pour faire l’apologie de l’esprit de résistance qui anime l’humanité, comme dans V (1984), Indépendance Day (1996) ou encore Skyline (2010), Battle Los Angeles (2011) et le plus crédible Captive State (2018). Cette invasion sert aussi à révéler le caractère héroïque du protagoniste comme dans The Thing (1984), Prédator (1987) ou encore les films récentsTom Cruise sauve la planète. L’alien nous envahit alors on se défend à coup de missile et on le fait bien car on est américain…

… Ou pas. Certaines fois l’humanité est dépassée par l’invasion. Dans La Guerre des mondes (H.G. Wells, 1898) l’implacable invasion martienne est heureusement repoussée par un microbe. Ou bien les aliens sont déjà parmi nous : L’invasion des profanateurs (Jack Finney, 1955), The Puppet Masters (Heinlein, 1951), Invasion Los Angeles (they live) (1989), etc. Et là l’humanité est foutue.

De nos jours, les hommes, dégoutés de l’humanité, préfèrent favoriser l’invasion d’une civilisation technologiquement très avancée qui pourrait les aider, comme dans le Problème à 3 corps (Liu Cixin, 2008), ou encore simule une invasion alien pour unir l’humanité (la solution d’Ozymandias des WatchmenAlan Moore, 1984).

La rencontre-terre d’accueil

Et puis il y a le moment où des aliens émigrés viennent chercher asile sur notre planète. Ils seront accueillis, exploités jusqu’à l’os et rejetés une fois leur potentiel épuisé. Voir District 9 (Neill Blomkamp, 2009), Alien Nation (Graham Baker, 1988) et le comics Transmetropolitan (Warren Ellis, 1997 – si tu l’as pas lu, t’as raté ta vie) où les humains exploitent l’ADN des aliens comme nouveauté marketing. Bref, les aliens se retrouvent avec des problèmes bien trop humains : ségrégation et xénophobie (forcément).

Bienvenue sur la terre !

Alors pourquoi aller aller à la rencontre des extra-terrestres ?

Depuis 50 ans, nous envoyons volontairement des signaux dans l’espace pour signaler aux civilisations aliens qui sauraient les décoder que nous voulons les rencontrer. La première tentative date de 1970 avec la sonde Pioneer 10 envoyée en dehors du système solaire avec un couple de caucasiens censés représentés l’humanité gravé dessus. Depuis, ça n’arrête pas, du message radio d’Arecibo (1974), le Golden Record sur le Voyager (1977), le message porno Poetica Vaginal (1986) jusqu’au “Beacon in the galaxy” envoyé par la Nasa ces jours-ci. Certains semblent ne pas pouvoir s’empêcher de contacter des extra-terrestres. Mais pourquoi ?

La SF nous raconte pourtant que toute rencontre entre l’humanité et d’autres êtres pensants risque d’aboutir à la destruction plus ou moins lointaine de l’une des deux cultures. Et si on peut rêver d’un Sarek (ambassadeur vulcain et papa de Spock) débarquant sur notre planète pour nous inviter dans une fédération galactique, il repartirait à tire d’ailes en voyant notre civilisation si réfractaire au dialogue inter-espèces (les grands singes, baleines et abeilles communiquent). Mais alors pourquoi essayer de communiquer avec des aliens ?

Le communiqué de presse de la Nasa veut nous donner une explication… “Humanity has a compelling story to share and the desire to know of others’—and now the means to do so.”… qui montre que son auteur ne s’est pas intéressé à l’histoire de l’humanité dans ses 2000 dernières années. Car c’est clair qu’on les attends de pied ferme les aliens ; on en a même fait des cartes à collectionner sur le sujet.

Alors le cynique qui sommeille en nous (enfin surtout en moi) pourrait dire que l’humanité, qui a bousillé son écosystème (planète et espèces) en quelques milliers d’années, en cherche maintenant de nouveaux à bousiller. On appellerait ça « une nouvelle étape pour l’humanité ».

Mais le rêveur, lui, imagine la possibilité qu’une nouvelle façon de penser, extra-humaine puisse nous sortir de nos contradictions actuelles. Qu’un pouvoir suprême, forcément bienveillant vienne nous aider à surmonter la crise dans laquelle nous nous enfonçons chaque jour un peu plus.

Finalement ces signaux, ce sont peut-être des appels au secours. Comme un bébé vagissant, cherchant à attirer l’attention des adultes pour qu’on lui nettoie sa couche trop pleine. On enverrait donc des message pour attirer l’attention d’être supérieurs et bienveillants qui viendraient nous changer. Le passage de l’Anthropocentrisme au Théocentrisme.

Alors faut-il aller chercher les aliens ?

Pour ma part, je pense que tenter de contacter des aliens est soit un acte impérialiste plus ou moins conscient, soit une preuve de notre incapacité à nous élever par nous-même. Dans tous les cas, tenter de contacter des aliens montre une bêtise crasse.

Si l’on doit un jour incarner “l’humanité”, alors concentrons-nous plutôt sur la résolution de nos propres problèmes, faisons la paix avec nous-même et trouvons notre équilibre au lieu d’aller chercher un démiurge qui aurait les solutions par magie. A l’ère des Poutine, Trump et Kim Jung Un, de l’ultra-libéralisme légal et de la destruction massive de notre environnement, il est évident que nous ne sommes pas prêts à rencontrer pacifiquement et intelligemment d’autres formes de conscience.

Et dans le pire des cas, si jamais la pulsion d’auto-destruction de l’humanité est trop forte, au moins éteignons-nous tous seuls dans notre coin plutôt que d’emmener la moitié de l’univers avec nous. Ce sera peut-être ça le plus beau geste de l’humanité. Vous ne croyez pas ?

Cyroul


Juin 2022 en Science Fiction

Une actualité débordante en juin dont voici une petite sélection.

Des choses à vivre

  • Nice Fictions, les rencontres de l’imaginaire aura lieu du vendredi 3 au dimanche 5 juin 2022 à Nice (étonnant), cf. nice-fictions.fr
  • Le Festival International Pinksteren Steampunk, dédié au steampunk (incroyable) et au rétro-futurisme se déroulera les 4, 5 et 6 juin prochain au Centre d’Art Fantastique de Bruxelles. Au programme : expositions, spectacles, marché d’artistes, animations, mini-golf imaginarium et steam-tram. Ca a l’air bien top.

Des choses à lire

  • Philippe Curval, doyen des écrivains de SF français sort un nouveau roman, Le Ressac de l’espace (Editions La Volte). Une réécriture d’un texte publié en 1962 dans la collection Le Rayon fantastique. Il s’agit d’une histoire de conquête de la terre par des extra-terrestres, traitée sous un prisme humaniste.
  • En BD, on note la sortie de Space Connexion chez Glénat, un album de 55 pages scénarisé par Eldiablo et dessiné par Romain Baudry. Ce projet Space Connexion réunit plusieurs nouvelles sous la même thématique : la rencontre extra-terrestre. Hey, mais c’est le sujet de NovFut de ce mois-ci !
  • Metal hurlant #3 spécial Mars. J’avais été déçu par le premier numéro de Metal, (la « near-sf », une anti-invention littéraire), mais j’avais adoré le deuxième numéro, très nostalgique (merci Jean-Pierre Dionnet !). J’attends donc ce 3e numéro de pied ferme. Et puis, j’adore Mars où l’on trouve des martiens.
  • L’éditeur Bélial lance l’opération Une heure-lumière où pour l’achat de deux titres ils vous offrent le hors-série 2022 (112 pages).

Des choses à voir ou pas

Si vous l’avez raté, allez donc jeter un oeil à la première image du trou noir au centre de notre galaxie. J’ai trouvé ça très émouvant.

Beaucoup moins émouvant la Saison 1 de Foundation de David S. Goyer et Josh Friedman, soit-disant adaptation du chef d’œuvre d’Isaac Asimov. Là où Asimov démontre l’inéluctabilité de la chute des civilisations, et donc de leur nécessité permanente de se transformer, AppleTv+ raconte la vie de deux super héroïnes (super-combattante et super-intelligente à la Marvel). Aucun rapport avec l’œuvre originale. Un propos creux et lénifiant pour de magnifiques images. Un vrai gâchis. Lisez plutôt le bouquin.

Et pour finir, le truc étrange

La Spirale a trouvé un texte inédit d’Hakim Bey, le fameux écrivain, poète et essayiste américain à l’origine du concept de TAZ (Zone d’Autonomie Temporaire) traduit par Spartakus FreeMann du site Esoblogs.net. C’est complètement barré et très ésotérique. C’est donc à lire.

Voilà, NovFut 7, c’est terminé. Si vous aimez, abonnez-vous ou partagez-le ! On se retrouve le mois prochain, et d’ici là, lisez de la (bonne) SF pour penser le futur !

Author: Cyroul

Aventurier des internets depuis 1995

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