« Facebook VS Twitter« , « Facebook VS Google+« , « Twitter VS Google+« , « les raisons de l’échec de Google+ vs Facebook« , « Twitter va t’il plier devant G+?« , etc. etc. Tous les jours vous êtes confronté à un article qui va comparer les 3 réseaux sociaux les plus connus du grand public. Autant vous le dire tout de suite, ces articles ne servent à rien en dehors de mélanger des mots clés tendances. Un robot pourrait les écrire.

Alors voilà 3 raisons (imparables à mon avis) pour vous permettre une fois pour toutes d’arrêter de perdre du temps à lire ces articles inutiles.

1/ Google+, Facebook et Twitter n’ont pas commencé le même jour

Ce serait irrationnel de comparer les résultats de différents services qui n’ont pas la même maturité. Ramenons-les au même point d’origine et on obtient ça :

Superbe graphique très explicite. Ma mère, qui n’y connait rien en Internet vous dirait tout de suite que c’est Google+ qui bat tout le monde.

Seulement elle n’a pas beaucoup d’expérience en Internet. Elle ne sait donc pas que ça ne sert à rien de regarder l’emballement d’une population pour un service. En effet,  l’internaute de base est souvent excité par des articles de presse de journalistes eux-même excités par des articles de blogueurs excités par des trucs racontés par des blogs excitant qu’ils n’auraient pas du lire.

Avec un peu d’expérience ma mère saurait qu’il est impossible de prévoir à l’avance le succès ou l’échec d’un service ou d’une application. Elle se rappellerait de Second Life. Ce service survendu en 2006/2007 dans tous les mauvais magazines publicitaires qui parlaient d’internet (pléonasme ?). Car même si Second Life était très bien, combien de journalistes l’avaient adopté avant d’écrire un article dessus ? Et le service a fait plouf ! (en grande partie d’ailleurs à cause de la régulation financière de Lynden Lab visant une respectabilité accrue du service).

 

Mais si la question « combien de temps l’appli a mise pour toucher x abonnés » est stupide, c’est surtout parce que les critères de mesure sont stupides.

2/ Des critères de mesure incomparables

J’adore ce genre de schéma. C’est très joli et immédiatement compréhensible par n’importe qui. Sur celui-ci à gauche (issu du journal du net) ma mère pourrait comprendre que Facebook est nettement meilleur que Google+ et Twitter.

Sauf que ma mère ne fait pas de marketing digital. Sinon, elle se poserait immédiatement la question des critères de comparaison.

Un ancien publicitaire traditionnel pourrait alors lui donner complaisamment la réponse : « Chère Médême, on mesure un « nombre d’utilisateurs », ça nous permettra de savoir où est-ce qu’il faut investir notre budget média maintenant qu’on sait que les bannières ça ne marche plus même que je l’ai lu sur Internet dans un blog où il y avait écrit marketing dedans, c’est dire.« .

Ma mère n’étant pas conne à la différence de beaucoup d’annonceurs (je dis ça pour leur bien évidement), elle demandera tout de même si ce sont bien les mêmes personnes sur ces différents services car elle aimerait comparer ce qui est comparable (ma mère est pragmatique, elle ne veut pas vendre n’importe quoi à n’importe qui). Le publicitaire à l’ancienne, reconverti dans les réseaux sociaux, lui dira alors : « Mais Médême, évidemment il s’agit des mêmes personnes, car il s’agit d’INTERNAUTES. Et les internautes vont sur tous les services web, c’est bien connu. Le meilleur service est donc celui qui réunit le plus d’internautes pour pouvoir mettre de la pub dessus. Logique non ? »

Logique du point de vue internet = média des années 90. Seulement dans la réalité nous sommes en 2010, et le public de Facebook n’est certainement pas le même que celui de Twitter ni celui de Google+. Pourquoi ne pas comparer avec Linkedin alors ? Ou MySpace ? Ou Doctissimo ? Un forum c’est bien un réseau social après tout.

Nous avons tous des usages différents de ces réseaux sociaux qu’ils soient horizontaux ou verticaux (ou en diagonal). Donc les comparer implique forcément un choix de critère subjectif. Et après à vous de remonter l’origine du critère pour voir qui essaie de vous vendre quoi exactement.

3/ Une maturité différentes et des objectifs incomparables

Rappels :

  • Google est une entreprise qui a 14 ans, qui a un chiffre d’affaires de 30 milliards de $ pour un résultat net de 7 milliards de $. Elle est capitalisée de 172 milliards de $, en ayant été introduite en bourse en 2004. Elle emploie enfin 20 000 employés et possède un parc de plus de 900 000 serveurs sur 32 sites.
  • Twitter est une entreprise de 6 ans qui emploie 600 personnes, qui ne génère aucun chiffre d’affaire, n’est pas cotée en bourse et dont l’objectif est de se transformer en 2013 en service utilisé par 1 milliard d’internautes.
  • Quant à Facebook, c’est également un service qui a 6 ans, mais qui par rapport à Twitter, rapporte de l’argent avec un chiffre d’affaires de 1 milliard de $ en 2009 et un résultat net de 500 million de $. Pour l’instant Facebook n’est pas encore en bourse, mais ça devrait changer en 2012. Facebook emploie 2000 personnes et possède des bureaux dans 15 pays.

On s’aperçoit vite que ces trois services ne sont pas comparables. Entre Google qui est rentable et doit continuer de payer ses 20 000 salariés tout en suivant les évolutions du digital, Facebook qui s’amuse à faire ce qu’il veut tant qu’il n’est pas rentré en bourse et Twitter qui n’a pas besoin d’être rentable, autant dire que nous avons 3 marques radicalement différentes aux objectifs financiers différents et surtout aux horizons de rentabilité différents.

La question idiote qui remet en cause l’information et ceux qui l’écrivent

Les journalistes et blogueurs aiment écrire. Et ils ont plutôt intérêt, car ils sont payés pour ça. Alors ils essaient de trouver des thèmes, des sujets. Et pour trouver des thèmes intéressants ils vont sur Internet. Et sur internet ils lisent des blogs (de merde) qui leur proposent des analyses (de merde) traduites maladroitement de blogs américains (de bullshit) qui essaient de se créer du trafic en racontant n’importe quoi sur les services web à la mode. Cela illustre bien la capacité de notre petit monde média-communication de se nourrir de lui même, même quand il s’agit de ses propres excréments (on pourrait appeler ça de l’anthropocoprophagisme).

Et ces billets de blog tirés d’article de synthèse tirés de papiers tirés eux-même de blogs sont hélas trop courant dans le digital où de nouveaux services se créent tous les jour et où la véritable expertise est très difficile à trouver. Alors on compare n’importe quoi, n’importe comment et on est content : on a fait du SEO pas compliqué (la répétition de mots clés), et les lecteurs noobs propagent les articles en pensant avoir trouvé la réponse à l’existence. Et la recette fonctionne avec n’importe quel service web : Instagram vs. Path vs. Color, Sarenza vs E-Chauss, FreeMobile Vs Sosh-Orange VS SFR vs Bouygues, etc.

Heureusement derrière ce constat affligeant se cache finalement une opportunité formidable pour les vrais journalistes ou blogueurs, ceux qui se posent des questions, ceux qui fouillent, ceux enquêtent, ceux qui travaillent sans faire du copier-coller de blog soit disant influent. Dans cette jungle de la désinformation, survivent quelques vrais journalistes (ou blogueurs quelle différence ?) qui sont capables d’étudier 2 services en utilisant le même critère de comparaison. Ainsi, Naro nous a pondu un très bon papier sur le sujet malgré un titre seo-oriented:  Facebook vs Twitter vs Google+ – Le Grand Match de l’Influence. On peut donc lire des comparaisons intelligentes entre les 3 services, mais il faut bien choisir ses sources.

Il faudrait peut-être inventer un mapping des sites basé sur la qualité des informations et des publications (oublions les classements automatisés basés sur du SEO à la Wikiklout). Avec du temps et de l’argent, ça devrait pouvoir se faire, non ?