40 ans et un #Aperoultwit

C’est dimanche, j’ai 40 ans depuis 3 jours. J’aime pas parler de ma vie perso (mon dernier post-anniversaire date de 5 ans), mais aujourd’hui, j’ai envie de faire un point. Veuillez m’en excuser d’avance. Voilà donc 40 ans de bêtises extra-professionnelles (le perso me regarde, et le pro c’est ) qui m’ont permis d’être reconnu aujourd’hui, dans les pinces-fesses mondains publicitaires, aux soirées de chez la Comtesse et même par ma boulangère.

Et à l’issu de ce post, (pour les courageux qui liront jusqu’au bout), je t’invite, cher lecteur, à te rencontrer physiquement (n’y vois rien de sexuel… enfin tu fais comme tu veux) au prochain Aperitweet.

Mais laissons la place à l’auto-storytelling pour en savoir plus sur les 40 années de papy Cyroul.

J’ai 9 ans : Tron & Wargames

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Sublime période que ce début des années 80 où l’informatique vend du rêve. Apple et Microsoft prouvent qu’être informaticien c’est cool ou très lucratif (ce qui est une autre façon d’être cool chez les simplets). Le nerd sort alors de sa caverne ; il va bientôt devenir le flamboyant et complètement creux geek.

Le cinéma grand public s’empare également de cette tendance et propulsera coup sur coup ces 2 chefs d’oeuvre que sont Tron et Wargames. Mais également Electric Dreams qu’on peut difficilement qualifier de chef d’oeuvre, même si il est toujours marrant à regarder.

A la télé, on nous vendait aussi de l’informatique. Pendant que nos parents regardaient Starsky et Magnum s’amusent en croisière, nous on se matait  Whiz Kids (1984 sur Antenne 2), une série TV avec des jeunes gens intelligents. Forcément, ça change de la téléréalité d’aujourd’hui, non mais allo quoi…

https://www.youtube.com/watch?v=9Fb-Mh68SX4

Ce que j’ai appris de cette époque :

  1. Un système informatique en réseau, c’est un territoire où vivent des habitants (Tron).
  2. Les hackers sauveront le monde en démontrant de façon logique que la guerre n’a pas de gagnant (Wargames).
  3. Les ordinateurs vont devenir intelligents et voler toutes nos femmes (Electric Dream).

J’ai 11 ans et un Amstrad CPC 464

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Que peut-on faire avec une bécane avec un processeur 8 bits cadencé à 4 MHz et un lecteur de cassette pour stocker ses fichiers ? Jouer bien sûr : tirer avec  Commando, sautiller avec  Bruce Lee, décapiter avec  Barbarian.

L’Amstrad a donc été ma première expérience de gamer vidéo (en dehors du Tilt, la salle de jeux de Dijon), de recopieur-programmeur (l’avion en 3D fait en basic Amstrad, souvenez-vous) et de bébé hacker également…

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Car ça coûtait déjà cher les jeux. Et comme c’était souvent des grosses merdes, il valait mieux les tester avant.

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L’outil ultime du kid-pirate des années 80

Alors pour tester un jeu sur cassette, nous avions une technique terrible. Il fallait récupérer l’original (qu’un pote avait acheté), puis l’enregistrer sur un double cassette en commençant l’enregistrement après quelques secondes pour ne pas avoir le début du code original qui contenait la protection. Et ça fonctionnait presque à chaque fois (au pire on rigolait bien parce que ça mettait la pagaille dans le programme).

Certitude de cette époque :

  • Quand il y a aura une loi qui empêchera de vendre de la merde, j’arrêterai de tester les jeux avant d’acheter !

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J’ai 17 ans : Jeux de rôle et fanzinat

Commencé par les livres dont vous êtes le héros, et renforcé par des jeux comme l’Oeil Noir ou AD&D, la passion des histoires interactives s’est ancré très tôt. De joueur, je suis devenu scénariste (Star Wars, JRTM, … Certains dijonnais s’en souviennent peut-être encore). Et puis comme le jeu de rôle était une grande famille, le passage au fanzinat était bien normal.

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Alors ce fut Scène-A-Rio, un fanzine de Jeu de rôles dijonnais, qui par sa qualité (et l’obstination de son redac chef Aubert) fut bientôt distribué dans toute la France. Mais participer à un fanzine ne suffisait pas.

Aussi avec Thomas, Kurso (qui fait de l’escrime médiéval maintenant – le fanzine mène à tout) et Aubert, nous créâmes notre propre jeu de rôle parodique : Bernard & Jean, le seul jeu de rôle où vous pouviez jouer un gendarme. Ne vous moquez pas, ce jeu fut parrainé par Casus Belli et vendu dans toute la France (il y eu même 3 éditions réalisées en 90, 93 et 95). Bref un succès qui montrait que même à Dijon où l’on s’emmerdait comme des rats morts, on pouvait faire des trucs de fou.

On a d’ailleurs continué nos bêtises en 2006 avec la création d’un jeu de rôle en téléchargement gratuit : Marcel Super Blaireau, où j’ai commis quelques centaines d’illustrations faute à l’acharnement de mon pote Thomas. Un projet du à une équipe de libristes (Luk, Kurso et les autres) que je félicite au passage pour leur indépendance d’esprit et leur envie de créer. Téléchargement du bouzin là.

Enseignement de cette époque :

  • On peut tout faire, tout inventer, tout créer avec un peu de travail et de volonté. Et ceux qui vous disent le contraire veulent que vous regardiez la télé.
  • On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, et c’est bien.

J’ai 21 ans et j’anime une émission radio

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18 ans après mon émission dijonnaise,  invité par Stéphane et Martin dans La Matinale Digitale

Mon pote Thomas aux platines, moi au micro de l’émission radiophonique hebdomadaire AMBRE. La seule émission sur la littérature fantastique, le cinéma et la Bande-Dessinée, chez Radio Dijon Campus.

Animer une émission de radio hebdomadaire est une expérience que je conseille à tous. C’est épuisant d’être au taquet tous les samedis de 17h30 à 19h, de préparer son émission pendant toute la semaine. Mais quelle récompense. La gloire, les femmes, la drogue, mais mieux que tout cela : la découverte du monde. En effet, chacune des émissions préparées aux petits oignons m’a permis de devenir un peu moins con, de rencontrer des gens passionnant et de confronter des idées. C’est pas en regardant la télé que j’aurai pu faire ça.

Résolutions absolues de cette époque :

  • Se trouver un job qui m’oblige à changer mon point de vue en permanence. Ne pas se trouver un boulot mono-sujet pour ne pas devenir mono-maniaque.
  • Faire semblant d’apprendre aux autres pour apprendre des autres.

Et c’est pour cela que je vous conseille les émissions radiophoniques comme La Matinale Digitale ou Studio404 où des ptits jeunes (sauf Stéphane qui est vieux) continuent à potasser leur sujet (le digital) pour nous donner le meilleur d’eux-même. La relève est assurée.

J’ai 22 ans, le CDRom est mort, vive Internet !

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Encore aujourd’hui, je vous prends quand vous voulez !

J’arrive donc les yeux plein d’espoir et les cheveux au vent à la capitale pour faire de l’infographie en 3D (en 1995 c’était moderne). Je me retrouve à St Ouen avec une tablette graphique Thompson en 32 couleurs pour faire du montage vidéo. Déception. Tout le monde parlait des NTIC mais personne n’avait lu le rapport « Les Autoroutes de l’Information » (d’Alain Bonnafé et Gérard Théry). Bref, on se gargarisait avec le minitel, et on oubliait le digital. Internet ? Ca ne marchera jamais disaient les médias (qui osaient en parler) !

Heureusement dans cette fac, il y a une salle info et une promo d’ingénieurs info. Deux raisons de devenir addict au frag, et serial killer d’ingé info sur Doom et Doom 2. Et de lancer un nouveau fanzine (l’ImaCulé) avec Manu et Virgile; le fanzine potache-trash qui deviendra le webzine LeS oUrS en 1995.

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Accomplissement : je suis crédité au générique de ce jeu Ubisoft !

Enfin diplômé, j’arrête mes nouvelles études en e-Learning pour aller bosser chez Ubisoft qui avait vu mes bêtises en html. Rêve éveillé : être payé royalement pour créer des sites web que personne ne savait faire à l’époque.

J’apprend l’anglais pour lire les tutos sur internet, je passe mes soirées à surfer avec mon 14.4 ou à boire avec l’équipe de Multimania, ou même à fréquenter le microcosme de la presse Internet (on et off). Ca y est, Internet est là, et je suis dans la place.

Enseignement :

  • Internet forever !

J’ai 23 ans : découverte des voyages, des vrais 

comores… Seulement l’état français en a décidé autrement. Le ministère de la défense ne m’a pas oublié, lui. Et comme j’ai pas envie de défiler comme un blaireau avec un fusil en battant la mesure de la marseillaise, il m’envoie en Afrique.

Résultat, une longue période dans les îles fabuleuses des Comores à se déconnecter d’internet, à apprendre la patience et changer son regard d’occidental continental en celui d’un insulaire africain. Ce furent des moments merveilleux. La coupure fut déchirante et rapide. J’aime pas être triste.

Enseignement :

  • Celui qui ne voyage pas ne connait pas. Il ferme donc sa gueule et prend son sac à dos.

J’ai 27 ans : découverte des startups et invention de l’ergonomie web

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Retour des Comores. Trouver du boulot. C’est la petite startup Babel@Stal montée par Olivier Mevel et Philippe Feinsilber qui me choisira. Petite agence web de 20 personnes, elle passera à 200 personnes en 2 ans. Chez Babel, création d’un des premiers studios d’ergonomie web en France. Pour moi, le web doit être « utilisable ». Je laisse le côté flamboyant à d’autres.

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Car c’était aussi l’époque de la bulle Internet où le web était un moyen de se faire de l’argent rapidement (et salement la plupart du temps). Ne nous leurrons pas, ceux qui vendaient des sites sans modèle économique et se barraient en courant ensuite n’était pas les héros de la bulle, mais bien des truands qui arnaquaient des crédules.

D’ailleurs pour se moquer de cette escalade First Tuesday d’Internet, nous avons monté en avril 2000, Kasskooye.com, un site parodique de faux suédois à lunettes jaunes. Au programme : un générateur de noms de startup en OOye (c’était l’époque Yahoo), des business plan foireux, et du consulting à deux balles. On a bien rit. Seulement certains l’ont pris au sérieux: 10.000 visites en trois jours, ce qui pour l’époque était énorme. Lisez tout ça dans cette itw du Journal du Net : Kasskooye ou comment un délire peut devenir une affaire très sérieuse. C’est dire la folie de cette époque.

Enseignements :

  • Il y a de l’argent à faire sur le web. Les renifleurs d’argent sont arrivés , ils ne partiront plus.
  • Sur Internet  on aura toujours le choix entre l’utile (l’utilisable) et le paraître (le trafic).
  • Se prendre au sérieux sur Internet est réservé aux gens sans imagination.

J’ai 30 ans : Intelligence artificielle

30 ans est l’âge idéal pour reprendre ses études. Ne croyez pas que les jeunes sont plus intelligents que les vieux, ils n’ont juste rien d’autre à faire qu’à aller à l’école (alors que le vieux, lui, paie des impôts, et ça, ça change TOUT !). J’ai donc repris mes études en IA à 30 ans. Parce que les sciences cognitives et l’intelligence artificielle sont les disciplines qu’on devrait faire apprendre à l’école en 6eme (apprendre à apprendre) au lieu de leur rabâcher des maths et du français pas intéressant.

Allez, rapidement quelques conclusions sur cette période riche en enseignements :

  1. La connaissance de l’Intelligence Artificielle est indispensable dans nos métiers. Pour comprendre comment les gens fonctionnent, pour améliorer leur vie, pour créer des systèmes expert, pour sémantiser le web.
  2. Ce n’est pas en France qu’on fera ça. Les vieux universitaires français qui ont eu leur heure de gloire dans les années 70 bloquent les innovations qu’ils ne comprennent pas. Et comme ils sont restés bloqués à l’époque « prolog – c’est français – cocorico – on est les meilleurs du monde », ils ne comprennent pas grand chose aux problématiques (économiques, sociales, technologiques, …) de l’IA aujourd’hui. Heureusement que des boites comme Aldebaran Robotics changent un peu la donne sinon la France aurait vraiement l’air d’une blairotte dans l’univers de l’IA.

J’ai 33 ans : cyroul.com, le monde de la pub et Curiouser

strat-digital-dummiesJ’avais 3 ou 4 sites/webzines assez sérieux à l’époque. Certains étaient reconnus et d’autres gagnaient de l’argent. Mais même si certains utilisaient quelques CMS (Spip, joomla, etc.), ce n’étaient pas des blogs. J’étais bien trop fier pour faire comme tous ces arrivistes qui se prenaient pour des écrivains avec leurs blogs ceci et leur blogosphère cela. Mais pourtant, il existait des excellents blogs : les Cavazza, Maia Mazaurette, JournaldeMax qui donnaient très très envie de créer le sien pour parler de toutes ces choses que vous ne pouviez pas dire dans des sites trop sérieux ou trop délirants. Alors pour les copier j’ai monté cyroul.com.

Et puis, c’était aussi l’époque où j’ai décidé de bosser entièrement dans la publicité. Un monde où on aime vous mettre dans une boite dés l’embauche : « Toa qui fait de sites web, t’es commercial ou créatif, toa ?« . Un environnement difficilement fait pour quelqu’un qui aime sortir du cadre. Et pourtant si. Car il y beaucoup de gens très intelligents dans la pub. Et j’ai toujours la conviction qu’Internet peut changer les choses, peut obliger les marques à faire de la communication transparente et utile, à mille lieues de la pub mensongère à la Séguéla. Oui c’est possible. Et ceux qui vous disent le contraire veulent s’acheter des Rollex avant 50 ans.

seguelaAboutissement de l’envie de changer la publicité de l’intérieur, la création de Curiouser (originalement Deviant Marketing) en 2009 avec Maud. Et malgré beaucoup d’embûches semées par l’état français, qui se débrouille pour n’être responsable de rien tout en vous rendant coupable de tout (lire les Erinyes du chef d’entreprise et Héressie et Ursaf strikes back), nous avons réussi à développer cette société qui a maintenant presque 4 ans. Pourvu que ça dure.

Et ce furent également mes débuts en tant que prof au Celsa. Histoire de vérifier si j’étais capable d’expliquer l’impalpable potentiel d’Internet à des étudiants par toujours là pour apprendre. Un défi. Humainement très lucratif.

Enseignements :

  • La pub (annonceurs et agences) ne comprends rien à internet. Et c’est pas près de changer, vu les modèles économiques préhistoriques utilisés pour arnaquer les clients.
  • L’annonceur a tout à apprendre d’Internet. 
  • Profitons en pour monter nos boites de conseil Internet ! Au pire, elles se feront racheter par un groupe de pub pour lui apporter de la légitimité.

J’ai 40 ans : l’aperitweet devient l’aperoultwit !

Voilà, j’arrête ici ce post ma vie-mon oeuvre pour vous proposer de venir au prochain aperitweet. C’est l’ami Edouard qui m’a proposé de hacker cet apéritif où des twitters (parisiens pour la plupart) se retrouvent pour échanger des bières et des fois quelques mots. Et ça tombe bien, l’apéritweet a 3 ans !

L’ayant beaucoup fréquenté à ses débuts, je trouve cette initiative un peu touchante. Alors pour les remercier, chez Curiouser, on est en train de créer un objet connecté avec nos potes de chez o-labs. Un objet qui vous permettra quand vous twitterez #aperoultwit, de peut-être gagner une place pour le prochain atelier Creative Technologist (pure random, n’allez pas vous plaindre ou demander des passe-droits blogo-journaliste, je connais le truc), et aussi des bières offertes par moi (et d’autres trucs mais je ne sais pas encore).

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Curiouser et olabs en pleine conception avant le prototypage

Donc à jeudi 21 mars 2013, venez donc à l’aperitweet fêter ça. Ca se passera au bar Les Artistes, 33 bd Richard Lenoir, 75011 Paris (Métro Chemin Vert / Bréguet-Sabin / Bastille). Au pire si vous le loupez, je refais le même dans 10 ans en hackant vos prises neurales GoogleBrain.

Et pour finir, une surprise musicale du meilleur goût histoire de conclure cet article qui commence à devenir bien trop sentimental pour ce blog.
[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=4zDNV7TJfcA[/youtube]