La technologie nous fait évoluer (au sens neutre du terme). Nous nous transformons pour devenir des homo-sapiens qui cliquent sur des boutons, qui regardent des écrans. Nous nous appuyons sur des cerveaux externes (mobiles et ordinateurs) pour communiquer, pour nous souvenir, voir pour vivre une deuxième vie parallèle. Mais finalement ces machines nous connectent-elles ou nous dominent-elles ?

C’est en substance la réflexion que lance Amber Case dans ce TED qui devrait réjouir les transhumanistes et amateurs de cybernétique. Si vous ne savez pas qui est Amber Case, c’est après le jump. Mais regardez avant ça son excellente intervention.

Qui est Amber Case ?

Pour ceux qui ne lisent pas Hazelnut Tech Talk, Amber Case est une anthropologiste cybernétique (cyborg anthropologist – je traduis comme je peux). Elle travaille sur la façon dont interagissent et évoluent ensemble les humains et la technologie.  Comme tous les anthropologues, Case étudie les gens, leur façon de participer aux réseaux digitaux, analyse les différentes façons dont nous projetons nos personnalités, nous communiquons, travaillons, jouons, partageons des idées.

Case a également fondé Geoloqi.com, une application mobile de géolocalisation privée permettant de s’échanger de façon sécurisée, des données de localisation.

Nous sommes tous des cyborgs

Un cyborg, (contraction de cybernetic organism), est un être composé de parties biologiques et artificielles (robotiques, électroniques, mécaniques). Le terme a été inventé en 1960 dans un article écrit par Manfred Clynes et Nathan Kline dans un article à propos des avantages d’un homme-machine dans l’exploration spatiale. Le concept a été étendu par Halacy dans Cyborg: Evolution of the Superman (1965), où il parle d’une nouvelle frontière à dépasser celle du lien entre l’esprit et la matière.

Aujourd’hui, l’intervention de Case nous propulse au cœur de ce débat sur l’évolution de l’être humain. Elles nous annonce que nous sommes devenus des cyborgs car nous possédons et utilisons couramment des extensions artificielles. Et ces interfaces nous changent en quelque chose de nouveau. C’est là, où la démonstration de Case est très pertinente. Extension artificielle (Google, Mobile, Mail, Réseau social, etc.) => cyborg => transformation mentale de l’humain en « autre chose ».

Lors de ma conférence au TedX Carthage, j’étais parti de la notion de « territoire digital » pour parler des évolutions endémiques (linguistiques et comportementales) du numériques. Amber Case va beaucoup plus loin, et je trouve sa démonstration beaucoup plus impactante et juste. Il me fallait vous la faire découvrir.

La question de la finalité

Mais Amber Case rajoute en plus, la grave question du but de cette transformation. « Est-ce bien de se transformer ?« . Pour elle, oui. Mais tout le monde n’est pas de cet avis, et les commentaires de son intervention nous donnent une idée des prochaines polémiques qui vont envahir le monde digital. Cette fois, ce ne sera pas la pédophilie, les hackers ou même les données privées, mais la lutte pour une certaine Humanité (avec un grand H).

Seulement qui pourra dire ce qui est humain de ce qui ne l’est pas ? Quelle définition donner à l’humain ? On peut déjà anticiper les débats des religieux fondamentaux et des opportunistes politiques sur le sujet.

Internet n’est pas tiré d’affaire…

Il me reste à vous laisser avec cette citation de Neil Postman (pour simplifier, un Bernard Stiegler américain) :

“There is no escaping from ourselves, the human dilemma is as it has always been and we solve nothing fundamental by cloaking ourselves in technological glory.”