Comment bien traiter son stagiaire marketing digital ?

Les stagiaires sont encore et toujours la main d’œuvre qui fait tourner les grosses boites de publicité.

Cette ressource inépuisable (il y a de nouveaux stagiaires tous les ans), corvéable à merci (si tu bosses pas, t’auras pas ton CDI), et souvent à la pointe des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (du hors média, demandez conseil à votre digital stagiaire), est en effet celle sur laquelle on peut se faire le plus de marge. 417 euros (30% du SMIC) souvent sans avantages supplémentaires (il faut comprendre, ce n’est pas dans notre convention collective, et nos actionnaires n’aiment pas et c’est pas nous qui décidons, etc.), un ordinateur pourri qui traîne, 45 à 50 heures par semaine. Il est difficile de trouver meilleure main d’œuvre, sauf en la faisant venir de Chine.

Je profite donc de mes nombreuses discussions avec des stagiaires (l’aperitweet sert bien à quelque chose) pour parler du stagiaire du digital. Et, pourquoi pas donner quelques conseils à ces stagiaires, les futurs, les actuels et aussi les anciens stagiaires devenus aujourd’hui recruteurs.

Grosse agence de pub recherche stagiaire expert curator digital et CM expert web

Pas facile pour un stagiaire d’être pris dans une grosse agence si il n’y connaît personne (car, petit scarabée, sache que la pub c’est un monde de réseau et on n’y rentre pas facilement sans recommandations). L’alternative restant donc les petites annonces. Alors le stagiaire sans réseau se met à chercher des annonces.

Il vaut mieux dans ce cas que le stagiaire connaisse Internet car les grosses boites de pub/marketing sont toutes en train de chercher du stagiaire digital. On trouve partout moults annonces : community manager, social media managerchargé de web communication marketing (ne me demandez pas ce que ça veut dire, je ne sais pas), webmarketing (en télémarketing, svp), webmaster (oui ça existe encore), e-commerce, chef de projet web, etc. (il y en a plein de rigolotes ici).

Ce sera donc assez facile pour un stagiaire déjà digitalisé de se faire prendre dans une de ces boites. Il lui suffira de montrer son compte twitter de 200 followers (170 de plus que celui qui le recrute), de dire qu’il est expert en social gaming (vous savez, le truc, facebook là), que d’ailleurs la dernière campagne virale Volkswagen est géniale et que le social media est l’avenir de la publicité. Community Manager ? Sa seconde nature. D’ailleurs le métier a été inventé pour lui…

Stagiaire digital, si tu te vends au rabais, t’en feras les frais !

Alors on embauche le stagiaire, car on a besoin en agence de jeunes qui répètent ce qu’il y a écrit dans Stratégies et les blogs marketing qui font du trafic. Son travail sera mixte : d’une part faire des recos digitales (il s’est vendu en tant qu’expert non ?), et d’autre part faire le Community Manager des marques, histoire de faire un peu de bénéfice sur son dos.

Quoi ? Ce cynisme vous étonne ? Hey, vous n’êtes pas des chefs d’entreprise ! Vous ne savez pas qu’un stagiaire finalement ça coute très cher pour une société. Oui, ça coute même exactement 417 euros charges comprises (oui, c’est exonéré, l’Etat est sympa). Bon, si on rajoute l’électricité qu’il consomme, la bande passante, l’ordinateur qu’on lui a prêté, et le papier toilette utilité pendant 6 mois, il doit être aux environs de 500 euros / mois. Ca vaut bien les 3000 à 5000 euros HT de Community Manager qu’on le facture chaque mois au client, non ?

Et puis si vous lui avez demandé de jouer son stage au poker, il ne faut pas qu’il s’étonne de se faire plumer non plus, non mais…

Community manager ça rime avec stagiaire

Alors le stagiaire bac + 5 va faire du social media pendant 6 mois, affiner sa connaissance des marques qu’il gère, des communautés avec lesquelles il interagit. Il va monter (vite) en compétence. Il va se digitaliser, et tenter de digitaliser ceux qu’il approche. Il va apprendre la publicité, enfin si on le laisse assister à une réunion. Mais l’ambiance est plus que sympa (sinon y’aurait plus que des financiers dans la pub) et la sensation permanente de créer des projets formidables est une motivation parfaite.

Mais le stage se termine déjà, et se profile la difficile question de la suite… Dans les boites les plus sérieuses, le stagiaire sera pré

venu un mois avant. Pour les autres, ce sera la semaine (ou la veille) avant on départ. Et là, on lui fait comprendre que ce moment passé ensemble était très sympa, mais que c’est terminé. Si si, évidement qu’il a bien fait son travail. Si, si, il a été très sympa, un compagnon formidable même. Mais bon… C’est pas le prix auquel on vend le community manager qui va réussir à payer son CDI (en comptant les 50% minimum de marge brute que l’agence se fait dessus). Alors il est temps de se séparer…

Et voilà notre ex-stagiaire qui reprend sa route piteusement. Il va tenter de trouver un travail ou alors peut-être un nouveau stage sur de nouvelles bases. Cette fois il essaiera de ne pas passer 6 mois à faire le community manager…

Le stagiaire digital est la clé du renouvellement des agences

On pourrait le plaindre, et pourtant c’est l’agence qu’il faut plaindre. Car le stagiaire du digital est celui qui fait respirer les agences de publicité traditionnelles en leur apportant des idées neuves.

En effet, que vous soyez expert du e-marketing (sauce 2005), ou des stratégies digitales (sauce 2010), vous êtes constamment obligé de vous remettre à jour, de bousculer vos certitudes, de réévaluer votre expertise (enfin, ça, c’est si vous voulez vraiment assurer une mission de conseil sérieuse à vos clients). Seulement, se remettre à jour c’est dur. Les journaux préhistoriques 2.0 du genre Stratégies ne vont pas vous aider, les formations certifiées non plus (et vous auriez l’air idiot devant le reste de la boite). Reste les blogs et les sites web, mais il y en a tellement… Et puis la dernière fois, on s’est foutu de vous quand vous avez parlé de curation… Alors qui peut vous aider ?

Une seule personne : le stagiaire digital ! Car le stagiaire digital (le vrai, attention, pas celui qui rajoute digital à son CV parce qu’il cherche un stage) le stagiaire digital, donc, est un concentré de nouveaux usages, de nouvelles idées, et de comportements spécifiques (à son âge) qui sont indispensables à l’adéquation d’une agence avec son environnement digital. Bref, le stagiaire digital est un reflet de son époque, l’élément qui vous permettra de pérenniser votre structure digitale.

Seulement, pour profiter efficacement du stagiaire, il faut bien le traiter.

Un stagiaire heureux a le poil soyeux

Et cela commence par la sélection. Combien d’anciens étudiants m’ont parlé de leurs entretiens avec des caricatures de commerciaux essayant déjà de voir comment et pour combien ils allaient pouvoir revendre le stagiaire à leurs clients. La question n’étant pas « qu’est ce que la boite va t’apporter?« , mais plutôt « qu’est ce que tu peux apporter à la boite ?« . Certes, la boite peut avoir envie de tester un nouveau collaborateur pendant 6 mois au rabais. Mais dans ce cas, il faut que ce soit clair : on est en pré-embauche. Le cas échéant, le stagiaire perd tout. Non seulement il n’aura pas appris grand chose de son stage, mais en plus, il se retrouve à la rue 6 mois après.

Il faut savoir également bien traiter son stagiaire durant la vie de son stage. Bien sûr, il faut être exigeant sur la qualité du travail rendu. Le stagiaire n’est qu’un jeune qui a envie de faire la fête et qui a – pour certains d’entre eux en tout cas- un immense poil dans la main. Forcément, une société c’est cool, parce qu’il n’y a pas de partiels. Alors soyons exigeants. Mais il faudra également de la confiance en l’autonomie du stagiaire. Car un stagiaire (digital) qui fait juste ce qu’on lui dit n’apprendra jamais rien, et vous (l’entreprise) n’apprendrez rien non plus en retour. Donc laisser le stagiaire prendre des initiatives. Confiance, responsabilités, etc.

Pour le reste, il suffit de lui donner du travail pas trop dégradant (faites vos photocopies et votre café vous même) et de bien le nourrir (je vous conseille PAL). Là, votre stagiaire gambadera dans votre agence, l’œil vif et le poil soyeux.

Mais il faut savoir aussi quitter le stagiaire

Arrive un moment où il faut bien quitter son stagiaire. Certes, vous préféreriez le garder, mais il a peut-être d’autres rêves. Ou alors vous n’avez pas assez de budget pour assurer son CDI. Alors vous vous séparez de lui. Et ça peut être dur.

J’ai appris à ne plus pleurer ni me trainer par terre en me griffant le torse quand mes stagiaires s’en vont. Et pourtant ça me démange souvent, car ils m’apportent toujours beaucoup. Beaucoup de remises en cause, mais aussi beaucoup d’énergie (sans compter le LOL).Je ne pleure plus, car la plupart, si ils ne l’étaient pas avant, deviennent de proches camarades (en même temps que des professionnels qui assurent la plupart du temps).

J’en suis très fier, et j’espère toujours que leur réussite à été due à la considération que j’ai apporté à ces jeunes venus apprendre et travailler pour moi pour (vraiment) pas cher. Et vous ? Vos anciens stagiaires sont-ils maintenant de vieux copains ? Ou n’ont-ils simplement été que des outils pendant 6 mois ?

  • Pingback: Quand les Internets dénoncent les agences de pub | Cyroul()

  • Je n’en sait absolument rien. Ce serait intéressant de le découvrir.

  • Aude Javel

    les agence digitales sont elles mieux considerees outre manche a londres ? ou berlin ?

  • Excellent !

  • Sandy Pernice

    Merci, ça annonce bien mes futurs 6 mois de stage!

  • Je n’ai pas encore eu la « chance » d’être stagiaire digital. Cela ne va pas tarder je pense, je pourrais alors comparer/apporter mon point de vue.
    Merci pour l’article et les présentation.

  • Enseigner est également un excellent moyen de se confronter à la génération Y… Bon, ça rapporte moins que de faire de la marge sur le dos d’un stagiaire, mais vu que je m’acharne à dire que le community management doit se faire en interne, je saurais pas trop quoi lui faire faire :D
    Plus sérieusement, aujourd’hui je préfère travailler seule, mais je recrute souvent, pour mes clients, des stagiaires parmi mes étudiants ou via les BDE des écoles où j’enseigne.
    Cela me permet d’avoir un interlocuteur chez le client et de mettre en oeuvre une stratégie dédiée avec un opérationnel « dans la place » qui aura une chance d’être embauché.

  • Justine

    Même si cet article reflète bien la réalité des stages encore faut-il qu’ils soient rémunérés parce que soyons honnêtes la plupart des boites font les conventions à leur sauce ( un mois et demi + un mois et demi + …) Quant aux méchantes agences qui martyrisent leurs stagiaires les petites agences ne sont pas en reste je vous rassure :)
    Les 40h sont un doux rêve qu’en tant que stagiaire je n’ai encore jamais connu …

  • Je n’ai jamais dit que le stagiaire était parfait. Il est en stage et donc là pour se former, ne l’oublions pas.

  • Srigouste

    C’est assez caricatural comme article. Faut pas oublier non plus que souvent un stage c’est aussi le premier contact avec l’entreprise. Donc on ne sais pas travailler.
    Il faut former les gens ça prends beaucoup de temps ; pour un travail qu’il faut souvent refaire sois même.
    Une petite goutte de nuance ce serait aussi pas mal.

  • Sylvain

    Je l’ai mis sur mon CV « Counter-Strike team [CRSR] et loltoshops »

  • oO
    Je vais me plaindre de suite… Plus sérieusement, 600€/jour pour UN junior en stage? Ca fait un tas de pépètes ça!

  • Je te reconnais bien là, voyou ;)

    Ceci dit, je vous recommande François, un compagnon agréable qu’on aime écouter jusqu’au bout de la nuit, un verre à la main.

  • C’est Sylvain qui a eu la chance de m’avoir, il a pu s’améliorer à Counter Strike ;b

  • On ne fréquente pas les mêmes agences de pub ;) (et perso je n’en vends pas, je conseille toujours à mes clients d’intégrer la fonction).

  • 3000 à 5000 euros HT de Community Manager facturé au client par mois ? Punaise t’es compétitif, toi ! Un junior, c’est plutôt autour de 500 – 700€ / jour, non ?

  • jyv

    tu as eu @sylvainpaley comme stagiaire ! La chance !
    Sinon, ma dernière stagiaire a trouvé une place en agence juste après.

  • Bonjour Francois.
    Je serais intéressé intéressé par cette offre.
    A qu’elle endroit se situerait le stage ? Pour combien de temps ? Quelles seraient les missions ? Quelle entreprise ? Beaucoup de quesions !
    Voici mon @mail pour pouvoir échanger en privé : schalard5@gmail.com
    Merci par avance.

    Sébastien CHALARD
    http://www.doyoubuzz.com/sebastien-chalard

  • Il faut se plaindre à sa direction alors.

  • Ca change.
    Les jeunes comprennent peu à peu que se faire un stage chez GROSACRONYM équivaudra à se faire prendre pour un outil pendant 6 mois. Il y a ceux qui acceptent, car cela fait parti de leur stratégie de carrière et ceux qui refusent, car ils ne veulent pas accepter ce système.
    Ces derniers iront sans problème dans des petites structures. Il y en a plein. Et oui, les petites structures devront d’autant plus traiter correctement ces stagiaires qui osent.

  • On était jeunes et fous. On l’est toujours d’ailleurs. Moins jeunes mais encore plus fous.

  • C’était il y a 2 ans, comme tu as grandi depuis… :)

  • En bon opportuniste, je profite de ce fil de commentaires pour recruter mon stagiaire marketing digital ! Il bossera entre 35 et 40 heures, sera bien traité et partira avec une belle expérience (à moins qu’on lui propose un CDD voire un CDI ce qui est envisageable ;).

    Manifestez-vous !

  • Pierrin

    Ma première agence, ma première reco, mes premiers blind tests en openspace… :) #larmichette

  • AJS La garde

    on m’a imposé un stagiaire pas du tout digital un jour, je crois qu’il m’en a fait plus bavé qu’autre chose …

  • Le paradoxe de ce billet, c’est que pour une jeune agence, recruter un bon stagiaire, c’est une tannée, où les rôles sont inversés : c’est au recruteur de convaincre le candidat qu’il risque de perdre du temps, de l’amour propre et un peu d’espérance de vie en s’engageant chez un gros qui vend du rêve.
    Ton billet va dans le bon sens, mais j’ai tout de même l’impression qu’il en faudra plus pour convaincre les jeunes pousses que le beau nom d’agence sur un CV ne suffit plus, en lisant des billets comme celui ci : http://jdboutet.fr/le-web-francais-vu-par-ses-etudiants/ je me dis que tout n’est pas perdu.

  • Me souviens encore de mon entretien avec un certain Cyril R. Le début d’un truc.