La suite et fin de l’interview sur les agences, annonceurs, culture digitale, influence, social web et tout ce genre de choses…
Et espérant que vous y trouverez votre bonheur.
Que diriez-vous des relations entre agences et annonceurs quand il s’agit de digital, et plus particulièrement d’opérations d’influence ou d’actions sur les réseaux sociaux ?
Le consensus mou est l’ennemi de la stratégie Internet
Sur Internet, il faut tester, prendre des risques et AGIR. Alors l’annonceur est le seul responsable de ses erreurs et de ses échecs ! Ce statut-quo est à changer, comme bien d’autres dans le monde de la communication publicitaire.
Que pensez-vous de l’influence des blogueurs Français ?
Et puis, à partir de 2007, plusieurs évènements se sont produits :
- Les marques se sont mises à acheter les blogueurs (quand on offre un cadeau contre un billet, ça s’appelle acheter – mention ou pas)
- Les internautes se sont mis à créer des blogs en masse de plus en plus facilement
- Les experts SEO se sont mis à créer des blogs parce que c’était plus efficace que de créer des sites
- Et enfin, Facebook et Twitter sont arrivés
Le résultat : une perte de confiance de plus en plus prononcée dans les blogs et de ceux qui les écrivent
Aujourd’hui nous avons Missmachin (je ne cite personne, mais elles se reconnaîtront) qui va vous faire un article sur le mascara Truc qui vous rend belle (c), pendant que Misterbidule va se fendre d’un long billet sur le dernier appareil photo Tintin super perfectionné (c). Mais quel plaisir de lire du publi-rédac mou ou du billet autocensuré ?
Alors on relit les vieux blogs qui sont restés fidèles à leur ligne éditoriale en refusant les sirènes du jeux concours, du politiquement correct et du copier-coller SEO vite fait (“10 conseils pour faire semblant d’écrire des articles sur son blog“). Hélas ils sont peu nombreux.
Et l’internaute néophyte (celui qui a acheté sa box il y a 1 an pour que le petit puisse y arriver à l’école) n’y connait rien en Internet, et va googler et tomber sur des blogs SEO ou nazes. Alors l’internaute ne lira plus les blogs, préférant Facebook (où vous connaissez les gens qui vous parlent), ou Twitter (où certains n’hésitent pas à donner leur opinion comme au bon vieux temps des blogs).
Les derniers blogueurs (et Twitteurs) influents resteront alors ceux qui n’ont jamais trompé leur public. A ce sujet, je vous conseille cet excellent article de Naro, Les 10 impostures de la blogosphère française, qui résume une bonne part de ce point de vue.
Sont-ce les marques ou vous qui proposez des dispositifs sur le Web social ? A votre avis, pourquoi ?
Toutes les marques peuvent avoir un dispositif sur le web social. Un dispositif social ne veut pas forcément dire fanpage ou application Facebook. Une stratégie sociale peut (doit/devrait) aller nettement au delà et intégrer conversations, social CRM, R&D, SAV, com’ interne, RH, etc. Une bonne stratégie d’utilisation du web social va donc dépasser largement le clivage marketing/com pour y intégrer une véritable vision de la marque (et de l’entreprise qu’il y a derrière).
Chez Curiouser (auto pub), nous essayons de travailler avec des marques qui sont capables de s’immerger entièrement dans ce web social, voir même de changer complètement leur plan de com’ pour y rentrer. Nous ne travaillons pas avec les marques qui veulent seulement “communiquer sur Facebook”. En 2010, nous considérons qu’il faut essayer de travailler avec des clients intelligents ou qui veulent l’être. Les autres, nous les laissons aux agences de pub qui leur vendent des solutions toutes faites.
Certes, cela limite la sélection de nos clients (principalement pour des causes solidaires ou sur des sujets culturels), mais pourquoi pas ? Cela nous permet de tester des stratégies avec des marques motivées et investies. Je n’avais jamais vu ça dans les agences de pub où le consensus règne et où tout dépend du client annonceur et de sa hiérarchie.
Quel impact sur le Web social peut avoir la continuelle volonté des marques à s’immiscer dans les conversations ?
Pour répondre à cette question, nous pouvons prendre un recul historique et regarder quel impact les marques ont eu sur Internet.
En 1996, il n’y avait pas/peu de pubs sur Internet
Je me souviens de mon enthousiasme à me joindre au manifeste du web indépendant, ayant l’ambition d’empêcher que la pub viennent infester les territoires Internet. Hélas j’étais bien naïf. La recherche de profit corrompt tout, et bientôt les bannières de pub ont dégouliné des sites web.
Mais finalement avec le recul, je pense que cette évolution a été bénéfique
Elle a en effet permis de poser la question des marques, de leur transparence et de leur évolution sociale.
Aujourd’hui, nous pouvons dire à un directeur marketing d’une marque que son produit est nul, et qu’il vaudrait mieux qu’il fasse un effort sinon il se prendra un vent sur Internet (oui, un bad beuze). Vous imaginez dire ça à votre client il y a 15 ans ? Vous perdiez votre budget direct. Et vous perdiez votre travail dans la foulée (car le client a toujours raison en agence, c’est comme ça que vous devenez directeur associé). Est-ce que Kitkat aurait pensé arrêter l’huile de palme il y a 15 ans ? Certainement pas !
Le bilan de cette immersion des marques dans l’Internet, est en définitive bénéfique. Les marques se sont retrouvé exposées, visibles, et donc en danger.
En 2010 ? Les marques investissent les réseaux sociaux
En suivant cette logique, on peut peut-être prévoir qu’à force de parler sur les réseaux sociaux, les marques vont se faire entendre, qu’on va leur répondre, et qu’elle vont alors évoluer en écoutant les réponses de leurs consommateurs. Je suis vraiment partisan de cette idée des marques qui évoluent grâce et avec à leurs consommateurs.
Certes, on aura toujours des marques qui vont faire du recrutement massif de friends par des méthodes inavouables, qui vont spamer au lieu de converser mais plutôt spamer, qui vont faire semblant d’être “sociales”. Mais j’imagine que ça ne durera qu’un temps. Au bout d’un moment, la différence entre les marques transparentes et les autres sera trop visibles. Et ces dernières seront bien obligées de s’adapter ou de mourir…





