Karotz, un lapin qui manque encore de jus (de carotte)

Connaissant ma passion pour les objets communicants et l’internet des objets (Internet of things), on m’a envoyé le Karotz en test pendant deux semaines (je le renvoie ce soir à un autre blogueur). J’en ai donc profité pour faire mon premier unboxing (déballage) avec l’équipe de Curiouser. Et puis j’ai testé le lapin intelligent (smart rabbit). Vous trouverez tout ça ci-dessous.

J’en profite en passant pour vous conseiller l’exposition « Objet(s) » du numérique qui a lieue à Paris au Lieu du Design. Vous y trouverez beaucoup d’acteurs français qui présentent leurs produits et services dans le domaine de l’Internet des Objets, et notamment les deux créateurs du Nabaztag (le premier lapin communicant): Olivier Mevel (qui présente le service DIY ReaDIYmate) et Rafi Haladjian (avec open.sen.se).

Mais retournons à nos lapins…

Le Unboxing du Karotz: il est bô le lapin

[youtube width= »560″ height= »405″]http://www.youtube.com/watch?v=YyAPKGqX5Ds[/youtube]

Après cet Unboxing plus que réussi (quel talent, merci Alix et Anne-So), il a bien fallu tester le lapin.

Karotz, une expérience certes, mais pas online

Installation : l’installation est très simple. Pour ma part il a fallu que je redémarre ma freebox pour que le lapin reconnaisse mon accès Wifi, mais il s’agit peut-être d’un cas particulier. On peut noter que la FAQ est plutôt basique. Je conseille à Mindscape d’investir en beta-testeurs grand public, sinon ils vont vite engorger leur call-center.

Configuration : une fois que le lapin est branché et qu’il reconnait l’accès wifi, il faut le configurer. Et là, force est de constater que l’interface web n’est vraiment pas ergonomique. On n’y comprend rien. J’ai souvenir que celle du Nabaztag était assez complexe (et pas très jolie). Mais là, c’est incompréhensible alors même qu’on sent les efforts de simplification et d’esthétique.

On aimerait du drag and drop, du survol de mini-app un peu plus descriptif, et surtout une véritable ergo simplifiée (avec pourquoi pas une configuration minimale « naturelle » du Karotz). Bref, de la vraie expérience utilisateur de site web. Car oui, l’expérience n’est pas que dans la contemplation du Karotz, mais également sur le site.

Beaucoup de petits modules interactifs alléchants étaient encore en développement (le réveil, le call par téléphone, la webcam, ..) et je n’ai pu les tester. Mais le nombre des modules en une semaine ayant presque doublé en une semaine, on peut imaginer qu’ils ne vont pas tarder à les sortir (et ceux là sont particulièrement utiles).

Une fois que vous avez compris le fonctionnement de l’interface, vous devez configurer chacun des modules. Autant vous le dire, c’est très rébarbatif, voir même chiant. Encore un défaut ergonomique. Les fonctions existent, mais elles sont complexes à programmer, et peu compréhensibles. Mais, luttant contre l’adversité, vous lancez les applications et la bestiole s’anime…

It’s aliiive, it’s alliiiiive ? No it’s not.

Non, on ne peut hélas pas dire que le Karotz soit vivant. Et c’est là le principal défaut de ce lapin communicant : il manque de vie.

Nous avons un objet extrêmement bien réalisé aussi bien esthétiquement que techniquement avec un potentiel incroyable, mais il n’est pas vivant. Vous pouvez le configurer pour en faire quelque chose qui ressemble de loin à un lapin parleur. Mais cela reste de la récitation simple et l’on n’a pas l’impression d’avoir un véritable compagnon. Il lui manque une personnalité, des états d’âme, ce petit plus qui ferait en sorte que le Karotz soit autre chose qu’un haut-parleur en forme de lapin avec une LED qui clignote et des oreilles robotisées.

Non, le lapin n’est pas vivant, et même quand les applications fonctionnent, cela ne suffit pas à l’humaniser (ou l’animaliser). Lire un flux RSS d’une voix métallique n’est pas ludique. Ce lapin ne fait pas rêver. Pourquoi mon lapin peut-il pas interagir avec moi ? Pourquoi mon lapin n’a-t-il pas une configuration de base pour ne pas me fatiguer à le programmer intégralement ? Pourquoi mon lapin ne me surprend pas ? Pourquoi ce lapin m’ennuie au bout d’un moment ?

Un lapin encore plein de promesses

Alors j’imagine qu’il existe 2 publics différents pour le Karotz :

  1. Le consommateur branché qui veut un bel objet statutaire qui le positionne en tant que early adopter tendance wannabe geek. Ce dernier veut un très bel objet qui épate ses amis, mais ce consommateur restera peut-être sur sa faim. Car le Karotz fait ce qu’on lui demande, sans plus, ni moins. Et le wannabe geek qui achète ses applications 5€ sur son Ipad, n’a pas vraiment le temps, ni la patience de configurer une à une les applications qui sont peu intéressantes pour l’instant. Il risque donc de se retrouver avec un lecteur de flux RSS et de météo plutôt mou et sans intérêt. Pas de quoi le montrer à ses amis, alors même que la dernière application Ipad permet de jouer au tennis à deux personnes. Il y a ici un véritable travail de simplification et d’humanisation du Karotz à faire pour que le produit rencontre sa cible.
  2. le vrai geek curieux qui devine le potentiel de ce lapin intelligent. Car cet objet a un potentiel illimité ! Et le curieux vite frustré par la limitation des applications disponibles, va donc vouloir développer rapidement les siennes. Mindscape a anticipé ce besoin en proposant un SDK pour le développement d’applications pour le Karotz. Je ne l’ai pas testé (hey, je ne suis pas payé pour bloguer, moi, je vous le rappelle), mais il a l’air assez simple : une appli Karotz étant une archive ZIP contenant un descripteur en XML et un code javascript. Par contre, je ne suis pas rassuré par le dispositif mis en place par Mindscape pour créer l’engouement nécessaire et gérer une communauté de développeurs autour du Karotz. Ce n’est en effet pas la communauté Karotz qui va permettre de lancer de nouvelles applis.

Ne vendons pas encore la peau du lapin car Karotz est un très beau produit mais qui est pour l’instant très mal utilisé. Imaginez ce que pourraient faire une armée de lapins intelligents équipés de webcams et de haut parleurs si on permettaient à des développeurs malins (eux-aussi) de s’occuper de leurs cas ? L’alternative étant de regarder Karotz ânonner la météo jusqu’à ce que le service meurt.

Et vous, vous pensez qu’un objet comme Karotz doit plutôt s’orienter vers le « design early adopter » ou vers la démocratisation de l’usage des objets communicants ?

Author: Cyroul

Aventurier des internets depuis 1995

6 thoughts on “Karotz, un lapin qui manque encore de jus (de carotte)

  1. Globalement après le rachat de Violet par Mindscape les bonnes idées se sont perdus, la motivation réelle derrière le projet, celle des objets connectés a disparue. On se retrouve avec une version fade du Nabaztag, créée sans amour, sans plaisir, sans joie pour de simples raisons économiques qui manque, comme tu l’exprimes si bien, d’une âme.

      1. Je m’explique, je faisais parti des early-adopters du Nabaztag (:tag). Les promesses étaient grandes, la communauté (développeurs) active, l’avenir riche en possibilités et interactions. Peu à peu les choses se sont dégradés pour terminer par le rachat simple et brutal par Mindscape. Les nabaztag ont cessé de fonctionner du jour au lendemain. Et encore aujourd’hui des mois après le rachat, plus de la moitié des services ne fonctionne toujours pas. 

        Hier (encore)*, Mindscape a une fois de plus reconnue ne pas être capable de stabiliser les services Nabaztag. Je me demande donc comment une société peut être capable d’éditer un produit de qualité alors qu’elle est incapable d’assurer le bon fonctionnement de ses anciens services… Les utilisateurs se désengagent du projet, la confiance se perds, la tendance passe, l’image se détériore et les lapins meurent. 

        * information tirée du blog officiel : http://blog.karotz.com/

        1. Oui j’ai eu les mêmes échos d’autres utilisateurs qui se plaignaient de ne plus pouvoir se servir de leur lapin.

          C’est effectivement une erreur stratégique et économique (la confiance produit est importante).

          Ceci dit, on ne peut exiger d’une société qui est en dépôt de bilan de continuer à faire tourner les machines. C’est déjà pas mal que le lapin continue d’exister. Il a bien failli mourir définitivement il y a 1 an. 

    1. Ca n’intéressera certainement pas les lecteurs de ce blog qui ne viennent ici que par volonté de se cultiver.
      Et oui, je manipuler avec dextérité les lapins.

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