Mon blog en ch’timi et autres considérations cinématographiques sur le web

Pour les biloutes dach nord, voici une version de mon blog en ch’ti. Vous pourrez ainsi relire dans la langue de Dany Boon les derniers articles de ce blog si cosmopolite : Au boubourse, chans prétention, j’ai mauvaise e-reputation, L’glou-bec, ça marche !, Chiffres ed’ l’internet 2008 : l’carabistoulle règne, etc…

Tout ça pour vous dire que je vais vous parler longuement cinéma aujourd’hui…

Quoi quel rapport ? La transition est pourtant immédiate : Dany Boon nous emmène à Bienvenue chez les Ch’tis, le succès comique inattendu de l’année ce qui nous amène au très bon site web du film et d’une manière plus générale, aux sites web de films français.

De la pauvreté des sites web de films français

La plupart du temps, je ne vais pas sur les sites web de films français. D’un manque d’originalité crasse accompagné par des budgets très faibles, on retrouve dans ces sites toutes les vieilles ficelles du web des années 2000 pour créer du trafic pas cher.

Mais quelles sont donc ces ficelles ? Vous demandez-vous avec une curiosité morbide. Je vous répondrai en prenant cet exemple édifiant : le site web de Disco (film français que je n’ai pas vu, je le souligne). Navrant dans son manque d’originalité et d’une réalisation banale – voir bancale-, ce site représente vraiment l’archétype du mauvais site de film et ne donne qu’une envie : éviter d’aller le voir en salle.

1/ La présentation du film (et le mot du réalisateur).

Ces contenus qui semblent obligatoires car il faut bien expliquer à quoi sert le site… Mais n’y aurait-il pas d’autre moyen de retranscrire le propos du fil qu’un banal texte déroulant expliquant le synopsis ?

La publicité nous a appris qu’il y avait des tas de façons de raconter une histoire. Le « simple texte » date de l’époque du début de la réclame (1845 ?). Aujourd’hui, dans la pub, on arrive à raconter une histoire sans mots… N’est-il pas aberrant de raconter un histoire de cinéma, qui est un art visuel, avec des tonnes de texte ?

2/ Les photos et bandes annonces du film.

Dans la tête de l’annonceur, photos et bandes annonces doivent permettre de créer du buzz autour du film. Car c’est bien connu, l’internaute n’a rien d’autre à faire que d’aller mettre des photos ou vidéos de bandes annonces sur son site ou blog.

Ne me faites pas rire… Ces vidéos seraient drôles, originales, ou sexy, elles auraient effectivement un effet viral. Mais la plupart du temps, les sites ne nous proposent que les extraits « officiels » vus et revus à la TV ou sur d’autres supports.

L’industrie cinématographique doit donc croire qu’elle n’obéit pas aux règles inhérentes aux films viraux. Que tout extrait de film est par essence viral… Erreur fatale.

3/ Les personnages/la musique.

Il est évidement primordial de capitaliser sur les points forts du film. Chez Disco, les deux points forts c’est le casting (des français chers ou demi-bancables) et la musique. Alors forcément, le site va consacrer une page à la découverte de ces acteurs et des personnages qu’ils interprètent dans le film et puis on va rajouter une page qui liste les morceaux de la BO

Tout ça en texte (on ne va pas se fendre de véritables contenus multimédias, hého, ça coute cher ces choses là)…

4/ Le contenu à valeur ajouté

C’est bien connu, pour vendre cher une recette de cuisine banale, rien ne vaut l’ajout d’un radis découpé en forme de fleur… Et bien c’est la même chose pour le web : pour bien vendre un site chiant au contenu naze, rien ne vaut un « contenu interactif à valeur ajouté« .

Et c’est quoi le « contenu interactif à valeur ajouté« ? Me demandez-vous en prenant des notes (car vous aimez vendre des sites recettes très cher à des clients insouciants). Et bien ce contenu, c’est justement le truc qui va couter le plus cher dans le site. Cela peut prendre la forme d’un advergame, ou alors d’une application en flash permettant de vous déguiser et d’envoyer votre photo à vos amis médusés, ou encore d’un jeu concours pour gagner des BO du film… Bref, l’éventail des possibilités est immense… Mais plus sérieusement, n’appelez pas ça « contenu à valeur ajouté », appelez plutôt ça « gadget web qui se vend bien en ce moment« .

Dans le cas de Disco, le « contenu à valeur ajouté » porte le nom de Gin Fizz Academy. Mais on ne sait pour quelle raison (budgétaire, délais ?) ce module n’est jamais sorti. Est-ce vraiment une perte pour l’utilisateur ? Je vous laisse seuls juges.

5/ La promotion du site

L’achat d’espace publicitaire va de la bannière classique à l’habillage complet de sites. Mais à ces pratiques courantes (et couteuses), on peut rajouter du blog de jeune ou de la plateforme communautaire (c’est maintenant la mode dans les plans média depuis au moins deux ans).

Alors la régie pub (ou l’agence, cette dernière est souvent fautive) va proposer du Skyblog, du Myspace, du Youtube, du DailyMotion, etc. Et le client content achète, émerveillé par les chiffres de fréquentation de ces plateformes communautaires.

Résultats pour Disco :

Bref, un buzz de bouse sur Internet (ouah le jeu de mot, Cyril bravo, tu devrais essayer le cinéma)…

Néanmoins quand on voit les 4/3 de l’affiche du film présentes un peu partout dans le métro, on peut se demander (à juste titre) qui a fait le plan média de ce film (et ne jamais bosser avec eux).

Mais pendant ce temps là dans le Nord on assure…

La preuve avec le site web du film Bienvenue chez les Ch’tis qui

  1. Se permet d’avoir une URL alternative (et pas que le nomdufil-lefilm.com) en s’appelant ChtiNN.com, eul chaîne qui perd pas l’Nord.
  2. Propose un concept créatif à part, qui n’a rien à voir avec le film (Ch’tiNN, une chaine d’information Ch’ti)
  3. Contient un nombre impressionnant de vidéos, making-of, et contenus originaux et inédits tout ça en full flash très optimisé, propre et beau.
  4. Se permet en plus de nous faire rire (les sous-bocks CthiNN, ahahah)
  5. Propose un jeu concours con mais original
  6. Rajoute un groupe Facebook qui fonctionne (1923 membres, 173 wall posts) en plus d’une page MSN (+ chat avec Dany Boon)

Alors, c’est-y pas une réussite ce dispositif Internet, hein ?

En conclusion, cinéma ou pas, c’est la créa qui est roi (oui, d’accord elle devrait être reine, mais ça rime pas)

L’étude de cet épiphénomène marketing (le segment de la publicité web pour les films est extrêmement concurrentiel et déjà saturé par des web-agency spécialisées) permet de mettre en évidence les principaux problèmes que rencontrent la plupart des campagnes de communication sur Internet aujourd’hui (après une phrase comme ça, j’ai déjà perdu la moitié de mon lectorat restant)…

Le premier problème identifié est la pertinence de l’objectif de la campagne Internet. Pour la plupart des annonceurs, « communiquer sur Internet » signifie « faire exploser le nombre de visiteurs sur une page web »… Certes, ces annonceurs se trompent (un visiteur n’a jamais fait un client ni un spectateur), mais la responsabilité est celle des agences de communication (ou web-agency) qui accompagnent trop souvent l’annonceur dans ce raisonnement faux.

Le deuxième problème identifié est la volonté de l’agence d’adapter sa réponse en fonction de l’objectif. Il est si facile de revendre des recettes déjà établies. Ces lieux communs se retrouvent dans les sites de cinéma : « mais bien sûr que nous allons mettre une page affichant le synopsis du film » mais aussi les sites de campagnes « mais bien sur que nous allons faire un mini-site pour vanter les qualités de votre crème solaire ». En gros, on retombe dans le cliché du marteau pour qui tous les problèmes ont une tête de clou. C’est exactement le cas pour les agences non créatives.

Le troisième problème est économique. Un plan média Internet peut en effet chiffrer de 40 à 400 KEuros (et même au-delà). Un site web de promotion de film, lui va couter de 10 à 100 Keuros (pour un très beau site). Vous rendez-vous compte qu’à chaque euro dépensé pour le site web, 4 euros seront dépensés pour faire venir des internautes dessus ?

Si le budget n’est pas immense, cela ne sert peut-être à rien de faire un site. Vous aurez un site de très mauvaise qualité alors qu’une campagne de bannière vous suffirait peut-être. Si vous repositionnez cette problématique face à de l’achat média classique (hors ligne), vous tombez devant des tarifs exorbitants, où le moindre emplacement d’arrêt de bus vous permettrait de réaliser le site web de vos rêves.

Pour finir (il y a d’autres problèmes identifiés, mais je ne vais pas y passer la journée, déjà que la moitié de mes lecteurs se sont endormis), je dirais qu’il faut replacer notre métier (créateurs de stratégies marketing sur Internet) au centre de notre démarche de travail, et ceci pour les petits sites de films français comme pour les gros sites produits de multinationales américaines. Et notre métier c’est de raconter des histoires !

Le site ChtiNN me raconte une histoire, celui de Disco non. Alors devinez quel film je vais aller voir samedi prochain ?

Author: Cyroul

Aventurier des internets depuis 1995

2 thoughts on “Mon blog en ch’timi et autres considérations cinématographiques sur le web

  1. bonjour cyroul,
    je viens de découvrir cet article avec amusement et intérêt, assez tardivement je dois dire (presque 3 ans après ah ah ah) car tout à fait par hasard je lisais « les 5 règles pour éviter le mauvais marketing …  » et voilà.
    Bref tout ça pour dire que je te remercie et te félicite pour la bonne critique du sit ChtiNN que nous avons réalisé à l’époque ;-) Nous c’est Supergazol l’agence digital dédiée au cinéma, à la musique, aux jeux-vidéo etc.. Nous n’avons pas toujours en effet la possibilité de mettre en place des dispositifs de ce type, il faut féliciter au passage Pathé Distribution qui avait vu la pertinence de l’idée et donné son GO !:
    je t’invite enfin puisque le sujet t’intéresse et que tu sembles développer une expertise à te rendre sur notre blog thématique autour du marketing digital ciné : film.play-pause.com
    A bientôt
    Olivier

    1. Bonjour Olivier,
      Merci pour ton commentaire et content que l’article t’ai plu. Je connais Supergazol mais je ne savais pas que vous étiez à l’origine de la campagne des Chtis. Félicitations donc.
      [je crois par contre qu’on ne saura jamais qui a été à l’origine de celle de Disco].
      A+

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