Vision du futur: quand la machine prend le pas sur l’homme

J’aime bien les interfaces du futur (voir le très beau Constructeur de monde) et pourtant ce film d’animation : The Ambiant Life m’a laissé dubitatif (rien à voir avec éjaculateur précoce, svp). Il décrit en effet une vision des interfaces homme-machine du future qui fait froid dans le dos.

Je n’arrive d’ailleurs pas bien à saisir si le réalisateur est sérieux ou cynique en décrivant ce monde où l’information et les technologies de la communication sont censé repenser notre relation avec l’environnement.

Mais je vous laisse juger par vous-même (et une analyse psycho-philo après le jump pour les courageux).

[vimeo width= »495″ height= »390″]http://vimeo.com/7459305[/vimeo]

Origine

The Ambiant Life a été commanditée par Freeband Communication en 2009.  Conçue et réalisée par le génial designer Martijn Hogenkamp, elle a remporté de nombreux prix (Silver W3 Award, Webby Award Official Honorree, FWA video of the day).

Mais pourquoi c’est effrayant ?

C’est vrai ça, c’est cool un univers où toute l’information serait accessible et partagée par tous. Un univers où votre docteur pourrait consulter votre diagramme cardiaque en direct, où le camion de pompier pourrait trouver la route la plus courte pour sauver Toto des flammes, où vous n’aurez plus à choisir vos émissions à regarder à la TV on le ferait pour vous. Ca vous libère plein de place dans le cerveau pour faire autre chose. Alors où est le problème ?

Le concept de la ruche et profils comportementaux

Pour vous expliquer mon trouble, je vais vous pondre un raisonnement par l’absurde basé sur mes vieilles connaissances en psychologie cognitive.

Prenez donc une ruche, une colonie où tous les insectes sont tendus vers le même but (la survie de la colonie ou son extension). Chaque insecte participe, à son niveau, à l’atteinte des objectifs de cette colonie. Que ce soit le soldat, l’ouvrier, le pondeur (hey, pourquoi toujours les filles ?), tous sont tendus vers le même but. Jusque là, tout va bien (pour la colonie).

Maintenant introduisez dans cette ruche la notion de profit. Nous allons vite nous retrouver dans une situation bien connue des psychologues sur la différentiation des rôles sociaux dans un groupe (je vous renvoie à Toniolo et Hennemann « Résolution de problèmes en situation de confinement: profils comportementaux et structuration de groupe« – 2001). Pour faire simple, dans un groupe en situation de confinement (une ville quoi), 25% des gens bossent pour eux (les autonomes) et 25% des gens (les ravitailleurs) bossent pour les 50% qui restent (les profiteurs).

Imaginons que les insectes gardent leurs capacités de ruche. Il y aura donc 50% des individus qui vont donc pouvoir observer, et profiter de 25% de la population. Mais  ces insectes profiteurs vont également essayer de limiter l’autonomie des 25% d’insectes autonomes restants. Ce ne sera pas difficile (je vous rappelle qu’ils commanderont aux soldats) de forcer les autonomes à travailler pour le système. Le système se transformera donc et la colonie sera tendue vers un seul but : le maintient du statut de profiteur des insectes dirigeants.

Je ne pense pas que la société ainsi construite se développe beaucoup, ni même qu’elle arrive à survivre longtemps…

Et hop, l’analogie !

1984 orwellOn peut tout à fait comparer la vision du « tout-connecté » avec l’esprit de ruche : un endroit où toutes les connaissances sont accessibles, où vous pouvez suivre l’évolution d’un insecte en particulier pour assurer son bien-être. Ou comme le dit Freeband Communication :

A world in which information and communication technology render one’s surroundings into a thinking and caring environment.

Hélas, le profit est une notion inhérente aux mammifères sous-évolués que nous sommes (enfin que vous êtes, car moi je regarde Star Trek, et je ne suis pas un Ferengi). Et donc le rêve du tout connecté va juste se transformer en système oppressif, où votre docteur sera capable de dire à votre patron que vous n’êtes pas en train de travailler, où le moindre écart de comportement sera reporté dans d’immenses bases de données, où votre planning sera écrit à l’avance sans que vous puissiez le changer, où votre vie sera programmée à l’avance.

A world in which information and communication technology render one’s surroundings into a thinking and caring profit for a few.

Je n’ai pas vu de clochards dans la vidéo, ni d’artistes de rue, ni de gamins faisant les conneries que tous les gamins font. Cette vie communiquante ne pourra effectivement être bénéfique que si vous faites partie des fameux 50% de profiteurs. Mais je ne suis pas certain que cette société soit capable d’évoluer ou de survivre.

Méfions nous donc des visions trop parfaites du futur digital, elles peuvent nous conduire à l’opposé de la liberté que l’on peut trouver sur Internet.

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Author: Cyroul

Aventurier des internets depuis 1995

2 thoughts on “Vision du futur: quand la machine prend le pas sur l’homme

  1. Idée intéressante.
    Pour poursuivre la réflexion sur un monde où tout serait connecté, il y a le passionant « Une brève histoire de l’avenir » de Jacques Attali. On n’est pas obligé d’adhérer à tout ce qu’il dit, mais en tous cas, c’est un bouquin qui pousse à la réflexion.

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