Pas de quartier pour Cartier Trinity

Suite de l’article Triste Tri-dimension pour Trinity (de Cartier) #1

Je tiens à préciser que 1/ je n’ai rien contre Cartier et 2/ je ne connais pas ceux qui ont fait le site (agence web ou agence de pub). J’ai analysé ce cas en particulier car il s’agit d’un cas récent (moins d’un mois) et d’un exemple flagrant de ce qu’il ne faut pas faire quand on est une marque de luxe sur Internet. Si vous n’êtes pas d’accord, les commentaires ci-dessous sont à votre disposition (écrivez avant de m’envoyer votre avocat, merci).

Cartier a donc lancé un mini-site il y a moins d’un mois pour faire la promotion de sa gamme de produits Trinity.

Je n’insisterai pas sur le site au contenu inexistant et à l’intérêt fuligineux, pour le ranger directement dans la case « site produit pour avoir au moins quelque chose quand on tape une requête sur Google ».

Car , oui, une marque peut avoir besoin de ce genre de site (on appelle ça un site produit-évènementiel). Et dans ce cas, il est normal de faire un petit truc pas cher, rapidement. Sauf que la grande erreur de ce genre de site, c’est le quick & dirty (le rapide et mal fait).

Pourquoi ? Il est mal fait le site Cartier ?

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Et bien pour un internaute qui n’a rien d’autre à faire ou qui est vraiment passionné par les bijoux, le site se regarde. Je dirais pas qu’il se consulte, tellement la navigation date de l’âge de pierre, mais il se regarde. Néanmoins, pour l’internaute qui n’a pas le temps, qui tombe par hasard sur le site, ou qui ne connait pas la marque n’insistera pas et ira voir un site plus interactif, plus beau ou tout simplement plus fun.

Intéressons nous donc à cet internaute qui a du temps et/ou qui connait bien la marque (il y en a) car si ça se trouve, il s’agit de la cible visée par ce site. Nous allons l’appeler « l’internaute A« . Je précise que cette analyse est banale pour tous les concepteurs-ergonomes de sites web : on commence par catégoriser la cible.

Des photos de qualité…

La marque doit montrer la beauté et la qualité de ses produits à l’internaute A. L’immerger dans la pureté de ses ors brillants et les éclairs glacés de ses cristaux étincelants (c’est beau, hein ? Oui, je me vends aussi comme concepteur-rédacteur. Vous en saurez bientôt plus sur ce site ;).

Bref, il faut un budget photo conséquent pour faire vivre une expérience émotionnelle forte à notre internaute.

Et à ce niveau, les photos du site sont de toute beauté. Je n’y connais pas grand chose en diamants mais en voyant ces photos, j’ai presque envie de m’acheter une bague… (non je déconne).

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Sympa n’est-ce pas ? Le budget photo devait être conséquent. Il y a du travail derrière, et ça se voit.

Pour une 3D pourrave

cartier-zoomSauf qu’avant d’accéder aux photos, on propose à l’internaute A, de lire une vidéo. L’internaute A ayant le temps (d’après notre définition de la cible), il va aller la regarder.

Et là, devant ses yeux éberlués, on va lui filer une vidéo en 3D d’une qualité médiocre. Déjà les effets de particules sont dépassés depuis quelques années (je m’étais éclaté en 1998 sur 3DS4 avec ça). Ensuite c’est ennuyeux : le film est censé créer des émotions et en fait ne génère rien en dehors d’une terrible envie de bailler. Heureusement c’est court.

Mais le pire, c’est le rendu des images. Le rendu, c’est -en bref- la qualité des images générées par l’ordinateur dans un film 3D. Et bien là, il s’agit d’un rendu de très très très mauvaise qualité. Exemple ci dessous (avec en comparaison, la photo retouchée vue plus haut).

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Ca se voit hein ? Même quand on est pas un professionnel, ça se sent. On passe du doré au terne. De l’étincelant au triste. Et on se retrouve alors avec des animations 3D qui :

  1. n’apportent pas grand chose au produit (ni au site)
  2. ne provoquent aucune émotions, certainement à cause de la qualité.
  3. et qui peuvent desservir la marque auprès des internautes qui ont le sens du détail (et il y en a).

Mais qu’a-t-il bien pu se passer ?

Car si j’ai pris l’exemple de Cartier Trinity, il y a bien d’autres sites produits qui sortent qui sont encore pire (qu’ils contiennent des films en 3D, des advergame, des widgets ou autre). Où  se situe la responsabilité dans la chaine de réalisation de ce genre de site ?

Pour le savoir, c’est ici : Comment faire de la bonne pub digitale ?

  • Pingback: La 3D, fantasme déificateur de l’homme | Cyroul()

  • La Garce

    Il me semble que vous avez oublié cette merveille dans votre succulente critique!

  • rendu*

  • Certes, le rend est pas incroyablement beau, mais j’imagine que le Flash dégrade aussi un peu l’effet. Et ton analyse relève plus du commentaire d’expert que de l’Internaute Lambda qui se laissera endormir par la puissance de la marque, par la petite musique qui fera rêver les petites vieilles et les amoureux d’une France à l’ancienne…

    Une marque comme Cartier aurait pu se payer une meilleure Prod, mais peut-être ne sont-ils pas encore en phase avec les problématiques Web, et qu’ils se sont dit que c’était très bien. En tous cas, c’est en phase avec leur site actuel (qui est aussi un peu en deçà de ce qu’on peut attendre d’une telle marque).