C’est quoi la classification PEGI ?

peggyLa classification PEGI n’est pas le top 10 des maitresses de Kermit la grenouille. Il s’agit d’un système destiné à expliciter directement sur la boite, le type de contenus de loisirs (films, vidéos, DVD et jeux vidéo) pour la classe d’âge à laquelle ils conviennent le mieux. Cette classification par âge doit guider les parents pour leur éviter d’acheter des jeux vidéos sanglants à leur enfant de 7 ans.

La tendance est en effet à l’accroissement des contenus de divertissement digitaux (même si les vieux publicitaires vous disent le contraire). Hors dans la vie réelle, les contenus destinées aux adultes sont rangés sur la dernière étagère de la librairie, et donc inaccessibles à un enfant. Ce n’est pas le cas avec un contenu numérique, facilement récupérable et transférable. Car si vous, vous ne savez pas comment accéder à un site porno, demandez au fils de votre voisine, lui il le sait sûrement. Il devient donc important de vérifier et de classer ces contenus par publics, contenus accessibles par n’importe qui ayant un ordinateur connecté et 2 doigts de jugeote.

Petite explication sur cette classification qui veut résoudre nos problèmes d’accès aux contenus.

Origine de la classification PEGI

Le système de classification par âge PEGI (Pan-European Game Information) a été lancé au printemps 2003 et remplace certains systèmes nationaux de classification par âge au moyen d’un système unique utilisé par 28 pays Européen (depuis que l’Angleterre l’a adopté en juin dernier). Ce système est censé bénéficier de l’appui des principaux fabricants de consoles (Sony, Microsoft et Nintendo), ainsi que des éditeurs et développeurs de jeux vidéos Européens.

Fonctionnement administratif : Le système PEGI appartient à la Fédération européenne des logiciels de loisirs (ISFE – Interactive Software Federation of Europe). L’ISFE a été créée en 1998 afin de représenter les intérêts du secteur des logiciels de loisirs auprès de l’Union européenne et des institutions internationales. L’administration du système a été confiée à l’Institut néerlandais de classification des médias audiovisuels (NICAM – Netherlands Institute for the Classification of Audiovisual Media). Le Video Standards Council agit en tant qu’agent du NICAM et coadministrateur spécifiquement pour le Royaume-Uni.

La classification vient de changer de forme pour la rentrée de septembre. Vous pouvez trouver toutes les informations sur www.pegi.info.

La classification PEGI

Classification par âge

14915112 ans et plus1§ ans et plus1! ans et plus

PEGI 3+ : avec cette classification, le contenu du jeu est considéré comme adapté à toutes les classes d’âge.
PEGI 7+ : tout jeu qui contient certaines scènes ou sons potentiellement effrayants mais rien de grave ni de sexuel.
PEGI 12+ : les jeux vidéo montrant de la violence envers des personnages à figure humaine ou représentant des animaux identifiables, ainsi que des jeux vidéo montrant des scènes de nudité.
PEGI 16+ : représentation de la violence (ou d’un contact sexuel) semblable à ce que l’on retrouverait dans la réalité. Langage grossier plus extrême, le concept de l’utilisation de tabac et de drogues, et la représentation d’activités criminelles.
PEGI 18+ : représentations de violence crue, c’est à dire les représentations de violence qui donnent au spectateur un sentiment de dégoût. Classification subjective (mais j’y reviens ensuite).

Les descripteurs

Les descripteurs apparaissant au dos de l’emballage indiquent les principaux motifs pour lesquels un jeu s’est vu attribuer une classification par âge particulière. Ces descripteurs sont au nombre de huit : violence, langage grossier, peur, drogue, sexe, discrimination, jeux de hasard et jeux en ligne avec d’autres personnes.

violencebad_languagefearsexdiscriminationgamblingonline

Langage grossier : Ce jeu contient des expressions grossières.
Discrimination : ce jeu contient des images ou des éléments susceptibles d’inciter à la discrimination.
Drogue : ce jeu illustre ou se réfère à la consommation de drogues.
Peur : ce jeu risque de faire peur aux jeunes enfants.
Jeux de hasard : ce jeu incite à jouer aux jeux de hasard ou enseigne leurs règles.
Sexe : ce jeu montre des scènes de nudité et / ou des comportements ou des allusions de nature sexuelle.
Violence : ce jeu contient des scènes violentes
PEGI Online : possibilité de jouer à ce jeu en ligne.

Les limites de cette classification

La qualité même du classement PEGi renvoi une image peu flatteuse des jeux vidéos. Ce classement est en effet extrêmement pointu et ne laisse pas de place à l’erreur. La moindre scène effrayante fait passer un jeu 3+ à un jeu 7+. C’est bien, car ça veut dire qu’il s’agit d’une norme digne de confiance. Mais l’image renvoyée par les jeux vidéos est désastreuse. Hors, on appliquerait ce classement à la télévision, je vois très peu de publicités ou même de programme de TF1 qui ne serait pas 16+ (Star Academy comprise). Alors pourquoi appliquer ce classement aux jeux vidéos et pas aux programmes TV ou même aux livres (comme la Bible) ?

cartoonviolenceiraqIncitation à la débauche ? Il suffit d’observer le comportement d’achat d’un joueur de base dans un supermarché pour se rendre compte qu’il va regarder la jaquette, la retourner et faire son choix en 2 minutes maxi sur des critères qui seront esthétiques mais aussi sur les fameux pictogrammes de la classification PEGI. Un jeu avec du sexe ? Chouette, je prends ! La classification PEGI devient alors un critère de vente et non de défense du consommateur. D’où l’intérêt croissant des éditeurs  pour cette classification qui rasssure les parents tout en donnant des arguments supplémentaires de vente. Ce qui m’amène à mon point suivant, la subjectivité du classement.

La subjectivité du classement est très importante. Quand on regarde le process pour obtenir une classification PEGI, on voit que c’est l’éditeur qui envoi lui-même les éléments propres à sa classification. L’ISFE ne va pas se taper tous les jeux vidéos pour voir ce qui ne va pas. Alors elle fait confiance aux éditeurs. Et c’est l’éditeur qui va décider en quelque sorte quelle classification il aimerait avoir. Un éditeur pas idiot et qui préfère vendre massivement ne visera pas le 18+, mais le 16+ en envoyant un dossier qui va dans ce sens. Et les éditeurs étant là pour vendre leurs logiciels, ils choisiront ce qui leur va le mieux. L’autre problème de subjectivité, c’est qu’une violence peut être psychologique sur du long terme (écoutez un disque de la star ac pour voir), et pas forcément immédiate. Pour en être conscient, il faut JOUER au jeu. Et tant que l’ISFE n’aura pas de vrais joueurs, testeurs, il y aura un biais dans leur classement.

Et le online ? La question des contenus en ligne est fondamentale. De plus en plus de jeux sont jouables directement sur Internet, et les plateformes de téléchargement direct de jeux vidéos sont de plus en plus nombreuses. Et dans ce cas (jeu ou téléchargement en ligne), la classification PEGI, purement européenne ne s’applique plus vraiment. La plupart des MMO gratuits qui cartonnent sont asiatiques et ne suivent pas cette norme (ni même la classification américaine ESRB). Alors est-ce au gouvernement de bloquer ces sites (comme l’a fait le gouvernement australien) ? En tout cas pour l’instant, l’ISFE a mis en place PEGI online censé répondre à ce problème.

Conclusions : PEGI un mal nécessaire

Devant toutes ces limites on peut se poser la question de l’utilité de cette norme. Personnellement, je suis contre toutes les formes de rangements officiels effectués par des fonctionnaires planqués dans un bureau, image indélébile souvent vérifiée du « petit chef » qui a du pouvoir et qui va l’user. Mais si je suis contre la forme de cette classification, je suis pour la forme. Elle est en effet nécessaire pour permettre à l’ancienne génération, peu ou pas habituée aux jeux vidéos, de pouvoir communiquer avec la nouvelle génération qui est née dedans. Un lien indispensable.

Il s’agit donc, de mon point de vue, d’un mal nécessaire. Et vous, vous en pensez quoi ?

Author: Cyroul

Aventurier des internets depuis 1995

4 thoughts on “C’est quoi la classification PEGI ?

  1. @Yann Merci pour ces précisions plutôt pointues. Pour ma part, c’est plutôt ton dernier point qui me fait peur : une norme décidée par les industriels sera effectivement bénéfique pour l’industrie, mais elle perd le caractère d’utilité générale qu’elle est censée avoir.

    Sinon, je tiens à ajouter que Yann est lui-même concepteur réalisateur de jeux vidéos, d’où la pertinence de ses propos. Il sait de quoi il parle.

  2. Salut Cyril,

    Je me permets d’apporter quelques précisions:

    1/ L’existence même d’une classification répond dévantage aux contraintes de la vente retail que de la vente en ligne. Obtenir un PEGI pour un jeu n’est pas une obligation légale (sauf en Finlande où le PEGI a force de loi), mais un éditeur de jeux vidéo qui souhaite vendre chez Carouf ou à la Fnac n’arrivera pas à être référencé si ses produits n’ont pas de PEGI. Ca permet aux distributeurs de préserver leur image (une chaine d’hypers peut par exemple refuser de référencer une catégorie de produits qui choquerait une partie de sa clientèle), et de se protéger légalement.

    2/ Pour la vente en ligne, on observe différents comportements. Par exemple, Nintendo a choisi d’imposer le PEGI pour le WiiWare et le DSiWare, mais Apple a choisi de s’en dispenser pour l’AppStore.

    3/ Il faut savoir qu’obtenir le PEGI coûte de l’argent (1,000 Euros par référence en France), ce qui peut avoir un poids significatif pour de petits projets de jeux, ou si un jeu se décline en nombreuses références.

    4/ Une faiblesse du système PEGI est qu’il ne mesure pas l’accessibilité des jeux à un jeune public. Ainsi, nos jeux de mots croisés se retrouvent en PEGI 3 . Normal: pas de violence, pas de sexe, etc… Mais a-t-on déjà vu un enfant de 3 ans jouer aux mots croisés ? Nous avons déjà reçu des critiques de la part de consommateurs qui lisent « 3  » sur la boite et croient que nous destinons le jeu aux enfants de 3 ans.

    5/ En pratique, il n’y a aucune contrainte de référencement pour les PEGI inférieur ou égaux à 12 . C’est à partir de 16 que certains distributeurs ferment leurs portes ou imposent des restrictions. Néanmoins, comme tu l’indiques dans ton article, ça peut être un choix délibéré d’obtenir un 16 pour mieux attirer un public avide de sensations fortes, au détriment d’un référencement plus large.

    Au final, ce que je pense du PEGI ? Il y a quelques améliorations à apporter : un coût d’obtention plus bas, une prise en compte de l’accessibilité aux plus jeunes. Mais dans l’ensemble c’est une bonne chose. Ca permet au public d’être mieux informé (quel que soit son souhait: évitement ou au contraire recherche de jeux violents/matures) et aux différents acteurs de l’industrie d’éviter les procès d’intention. Et j’apprécie que ce soit géré par une association d’industriels plutôt que par des instances gouvernementales: ça garantit que la norme vise à protéger les intérêts de l’industrie et non à les entraver.

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