Politweet #1 > Twitter révèle l’automatisation des candidats

Nous avons une chance unique en ce moment, celle de voir différentes stratégies avec des moyens complètement différents (certains ont beaucoup d’argent et utilisent de très grosses agences de com, d’autres font ça à la main), toutes tournées vers le même objectif : vendre le meilleur candidat à la présidence de la république.C’est le moment idéal de prendre des notes en voyant ce qui marche ou pas.
Mais aussi, pourquoi pas, voir en passant les différents états d’esprit de ces politiques qui abordent le digital, états d’esprit véhiculés par les actions de leurs agences.Pour commencer cette série d’articles (il devrait y en avoir plusieurs, désolé) sur les stratégies digitales politiques, je vous propose de jeter un œil sur les différentes façons qu’ont les candidats à la présidentielle d’utiliser Twitter.

Comment mesurer le bon usage de twitter ?

Vous savez déjà que les consultants amateurs et les anciennes générations de publicitaires utilisent de vieux indicateurs de performance (comme le nombre de followers ou de fans) sur les réseaux sociaux. Je ne vais pas revenir sur cette erreur élémentaire (lire Comment acheter de l’influence sans se fatiguer ou encore Social Media Expert = spammer ?) mais comparer les followers des candidats est tout simplement stupide (par exemple le top 70 Twitter des politiques français qui multiplie le nombre de followers par la note de Klout – j’en ris encore).

Car les réseaux sociaux ne sont pas des médias de masse. Ce sont des outils de conversation, de mise en relation (pour discuter), des outils de création de liens. Et la qualité d’un compte Twitter dépend justement de ces critères (d’où on est meilleur parce qu’on a plus de follower ?)

Mais comment mesurer cette qualité ?

Je retiens 2 critères qui permettent selon moi de mesurer la qualité d’un compte twitter.

  • Les conversations: ce compte va t’il discuter, avoir des échanges avec les autres comptes ? Va-t-il répondre à des questions, créer des interactions ? Et si possible pas dans un objectif de followback (c-a-d s’arranger pour que celui à qui vous parlez vous suive lui aussi), mais dans une volonté de discuter, d’échanger, de se disputer.
  • Les  liens : Internet s’est construit sur la propagation de liens. Trouver, sélectionner et faire tourner des liens est une activité qui correspond à la construction des territoires digitaux, à l’esprit digital. Faire tourner ses liens à soi s’appelle du spam. Non, il faut faire tourner les liens des autres.

Quel outil utiliser pour mesurer tout ça ?

Il existe plusieurs outils permettant de comparer les usages de Twitter. Pour cette démonstration, j’ai utilisé le service web gratuit BrandTweet Statistics qui permet de faire un graph d’un profil Twitter. Évidement l’outil n’est pas parfait. Il n’analyse pas tous l’historique de tweets et il fait à mon avis des recoupements rapides. Mais c’est déjà nettement plus quali que Klout donc on peut s’en contenter.

J’ai prétesté l’outil avec 2 profils de twitters trop cool (Gaduman et moi-même) et nous pouvons voir que nous obtenons quasiment les mêmes formes : des comptes qui ont quelques followers (Twitter Rank), qui conversent beaucoup (valeur CQ) et qui font profiter leurs timelines de leurs liens (LQ). Des comptes normaux pourrait-on dire.

Pourquoi cette notion d’automatisation de l’utilisation de Twitter ?

On distingue la machine de l’humain par la prédictibilité de leurs actions. Les robots sont prévisibles à 100%, les humains non (sauf certains, à la limite du robot) (en réalité on peut distinguer des niveaux de prédictibilité dans les machines ce n’est pas le sujet).

On peut donc sans complexe séparer le comportement de comptes Twitter en mettant d’un côté ceux qui sont dans l’esprit digital, qui conversent, qui sont imprévisibles et des autres qui tweetent comme des machines à l’algorithme plus ou moins développé (la qualité de cet algo étant dépendante de la qualité de l’agence de com et de son budget de campagne dédié à Twitter).

Voyons voir maintenant avec ces candidats qui veulent tous représenter la France…

Ceux qui n’ont rien compris

Bon, il n’est pas dans mes habitudes d’envoyer des fleurs aux agences de communication, mais avouez que ces comptes auraient bien besoin qu’on les aide à communiquer non ? C. Boutin, JL MélenchonC. Lepage et M. LePen n’ont en effet rien compris à Twitter. Problème de qualité de l’agence de com ? De budget de com ? De motivation ? De public ciblé ? On ne le saura pas.

Quoi qu’il en soit, ces comptes Twitter ont définitivement des comportements de robots.

Ceux qui optimisent à fond leur présence

En un seul coup d’oeil, on peut voir que nous avons 3 candidats (N Sarkozy, F Hollande et D deVillepin) qui ont 3 formes de communication complètement identiques. Un rank élevé (un comptre Twitter beaucoup suivi), beaucoup de @replies et quelques liens externes ou conversations. Ces 3 formes identiques peuvent nous amener (sans trop de difficulté) à conclure que ces 3 comptes sont gérés par des agences de communication aux méthodes à peu près similaires.

Notez que j’ai utilisé les comptes persos de Villepin et Sarkozy pour calculer leurs graphs et pas leurs comptes de campagne moins fournis. Mais bon, on obtient néanmoins des comptes Twitter clones aux comptes optimisés gérés par des agences.

Ceux qui comprennent l’esprit Twitter

Grande surprise pour le compte de JP Chevènement qui semble tweeter assez naturellement. Quand on voit sa timeline, on ne le croirait pas, et pourtant, il est celui qui tweete de la manière la plus normale et désintéressée d’après ce graph (cela peut-être également le signe d’une incompréhension encore plus flagrante – damned). Il est suivi ensuite par E Joly qui , elle en plus de répondre aux gens, développe également la partie « recrutement ».

Et deux challengers que je n’attendais pas : N DupontAignan et F Bayrou à l’utilisation à peu près comparable.

En conclusion : à chacun de conclure !

Évidement ce classement peut laisser perplexe car on n’y mesure pas de nombre de followers. On y mesure des « conversations », des dons de liens issus d’autres personnes. On y mesure en réalité la capacité d’une personne à suivre, faire confiance et parler vraiment avec les gens, à être humaine et pas une formule publicitaire. Hey, c’est mon blog, j’ai le droit de rêver si je veux.