5 marques voleuses sur Internet

Les marques peuvent nous voler !

Outre du temps de cerveau disponible (mais là c’est de notre faute, nous n’avons qu’à éteindre la TV ou utiliser des outils d’éviction publicitaire), la marque peut voler des créateurs, des artistes, des producteurs, et tout ça grâce à Internet, endroit fabuleux où Hadopi n’existe pas pour elles.

Et c’est un désastre pour ces jeunes entreprises spoliées qui n’ont la plupart du temps aucun recours (il faut de l’argent et du temps, beaucoup d’argent et de temps pour faire un procès, et je vous assure que ce sont deux denrées rares quand on développe sa boite).

Alors, la seule façon de lutter, c’est de dénoncer les marques (campagnes, produits, services) qui volent des contenus sur Internet. Se réunir en essaim de blogueurs vengeurs et les piquer, les boycotter, les dénoncer. Jusqu’à ce qu’elles réagissent peut-être enfin et changent de comportement.

Voilà donc un article vengeur qui commence par le monde de la mode, un far-west impitoyable où les grandes compagnies écrasent les petits exploitants.

Mango, ça rime avec salaud

Lisez donc le très bon article de Deedee : Quand les grandes marques pillent les créateurs pour voir toute l’affaire. Mais en résumé une jeune créatrice, Anne-Cécile créatrice de la marque Velvetine, attaque la marque Mango pour plagiat (regardez donc les photos. Je n’y connais rien, mais pour moi c’est les mêmes sacs : dans les deux produits, Velvetine à gauche et Mango à droite).

Conclusion terrible, c’est la petite marque qui doit payer 6000€ à Mango au motif qu’elle les aurait attaqué abusivement.
Honteux ! Serions nous dans un système juridique où celui qui a le meilleur (ou le plus cher) avocat gagne ?

Zara, ça rime avec rat

Betty (célèbre blog-modeuse de leblogdebetty.com) a eu la surprise un jour de retrouver sa figure (prise en photo) sur un t-shirt de la marque Zara. Sans avoir donné son autorisation, sans même être prévenu par la firme espagnole, rien. Betty a donc écrit un article qui a fait couler beaucoup d’encre. A priori Betty n’a pas fait de démarches contre la marque, n’ayant pas les moyens de se payer un avocat.

Quand on creuse un peu, on s’aperçoit vite que  Zara n’en est pas à son coup d’essai, s’étant ayant déjà récupéré un motif et sa couleur de chez Miu Miu pour en faire sa propre création ou encore les motifs très sympas de l’espagnol Rocío Cañero.

Bon, connaissant très mal le sujet de la mode, je préfère vous renvoyer sur ces articles pour de plus amples informations :

Mais il n’y a pas que la mode qui pille les blogueurs, les fabricants de bijoux aussi.

UrbanOutfitters, ça rime avec gangsters

Le 25 mai 2011, Stevie Koerner, une jeune créatrice, écrit un billet (assez émouvant je trouve) dans lequel elle indique que la marque UrbanOutfitters vend des colliers copies conforme de ses propres productions.

Le lendemain, Amber Karnes, une twittos à 1000 followers (quand je vous dis que la quantité ne fait pas la qualité), poste un tweet vengeur : « Boycottez Urban Outfitters. Ils l’ont fait à tellement d’artistes. Pas bien. » Ce petit tweet va enflammer la twittosphère et rentrer dans les trending topics du jour. Le détail de la journée ici : Comment Amber (1000 followers) a fait vaciller Urban Outfitters en 6h (chez Gregory Pouy).

Finalement UrbanOutfitters va supprimer cette collection de colliers, après quelques démentis peu crédibles. Enfin une histoire qui se termine bien pour les internautes.

Plus d’infos ici : Une internaute appelle au boycott, et gagne et à lire aussi : Marque attaque chez BeSnob.

Canal, ça rime avec insertion a… (non!)

Canal+ a une étrange façon d’utiliser Internet. Ils laissent des médias online (LePost par exemple) s’emparer d’un sujet juteux en récupérant un extrait d’émission choisi pour en faire un buzz. Cela peut aller du lapsus de Rachida Dati à Eric Besson dans la Matinale en passant par Luc Ferry qui évoque un ancien ministre pédophile. Une fois le buzz bien pris, Canal + se réapproprie le buzz généré en supprimant l’extrait à grand renfort d’avocats pour qu’il ne soit visible que sur sa chaine officielle afin de récupérer de la publicité.

L’équation se résume à : Canal+ préfère que ses images meurent plutôt qu’elles profitent à un autre.

Alors Canal+ est-elle une marque voleuse ? Certainement. Car quand on a un sens aussi aigu de la propriété privé, on ne se permet pas d’utiliser des vidéos issues de « l’Internet du monde ». Car sur Canal sont souvent présentées des vidéos issues du web, non sourcées, et certainement sans verser de droits à leurs propriétaires. Canal a donc le droit de « pirater » des vidéos mais vous, non.

Allez, je vous laisse lire cet excellent article sur l’état d’esprit Canal + sur Internet. Bien triste. Canal Plus : la chaîne qui n’a rien compris à Internet.

Mais nul besoin d’être un média pour picorer Internet, on peut le faire aussi en étant un romancier célèbre.

Houellbecq prend la mouche

Résumé de l’histoire. Slate écrit un article concernant le dernier roman de Michel Houellbecq et l’accusant d’avoir plagié quelques extraits issus de la Wikipédia (dont une longue description de la mouche) et d’ailleurs. Slate en profiter pour confirmer que les articles de la wikipédia étant des œuvres collectives, il est compliqué d’attribuer les textes recopiés à tel ou tel auteur. De plus la procédure pour faire respecter la licence CC-BY-SA (Creative Commons) est « lourde, onéreuse et chronophage », donc autant oublier les poursuites.

Si Vincent Glad (de Slate), tente ensuite de minimiser le plagiat, par amour culturel de l’auteur certainement, il n’en demeure pas moins que Houellbecq a récupéré du contenu d’Internet pour créer son oeuvre sans citer ses sources. Que se passerait-il si quelqu’un mettait en ligne des morceaux de l’œuvre de Houellbecq en se les appropriant ?

En conclusion : copier c’est bien sauf quand c’est des marques qui copient

Notre cerveau n’invente pas, il transforme. Et aucune création ne peut se faire sans influence originelle. L’inspiration créative est un donc un mix.

Tim vs Harry

En 2005, un lecteur scandalisé demandait sur le blog de Neil Gaiman ce qu’allait faire celui-ci face à ce plagiat évident qu’était Harry Potter. Neil avait en effet raconté en 1990, dans le comics « the Book of Magic« , l’histoire de Timothy Hunter, un jeune garçon anglais, pauvre, malingre avec de grosses lunettes noires, qui apprend qu’il est l’un des plus grands magiciens du monde. La ressemblance avec le personnage de J.K.Rowling était tellement évidente que le procès était gagné d’avance.

Harry vs Tim

Réponse de Neil Gaiman : pensez l’imagination comme un chaudron. Dans ce chaudron flotte tout ce que vous voyez, lisez, écoutez. La création est l’acte de retirer de ce chaudron des éléments et d’en donner une forme propre pour l’offrir aux autres. Le chaudron vous appartient, mais ce qui flotte dedans non. Et si lui avait retiré de son chaudron l’idée de Timothy Hunter, Rowling, elle en avait retiré Harry Potter. Chacun en avait fait ce qu’il faisait le mieux. Lui un comics-book, elle un roman. Donc non, il ne se sentait pas lésé. Au contraire, Timothy Hunter revivait dans Harry Potter.

Cette métaphore du chaudron-imagination est magnifique. Et si je la partage avec vous (gratuitement) c’est pour qu’elle vous inspire aussi. La création se nourrit de la création. Un point c’est tout !

Mais alors pourquoi dénoncer les marques qui volent si c’est bien de copier ?

Mais parce que là les marques ne copient pas pour créer, elles copient pour vendre. Canal+ ne vous fera pas de procès si la vidéo copiée fait 10 visites, mais par contre vous envoi les avocats dans le cas où elle en fait 10 000. Nous sommes dans un rapport commercial et non plus créatif. Et un rapport commercial signifie un échange de valeur. Pourquoi un internaute créateur devrait payer mais la marque non ?

Et quand je dis marque, je peux dire « agence » également. Dans ce secteur, Joelapompe a été le premier à dénoncer l’hypocrisie créative publicitaire (« non, on ne copie pas on s’inspire« ). Mais ce qui est intéressant c’est de voir la relative indifférence du secteur. Ce n’est pas grave qu’on puisse copier des campagnes appartenant à d’autres, par contre, c’est très grave qu’un ado se fasse quelques euros en vendant des films piratés à la récré, là ça tue la création.

Alors, je me pose une question : pourquoi paie-je des impôts pour aider à créer des lois couteuses (3 millions d’€ pour Hadopi) qui aident les grosses industries de divertissement à faire des procès à des gamins pirates, alors qu’un jeune chef d’entreprise va devoir s’applatir devant des marques qui lui volent sa propriété car il n’a pas les moyens de lutter ?

Je suis pas certain que le gouvernement actuel ait la réponse.