Les mauvaises pratiques sur Twitter

Le modérateur (excellent blog que vous devriez lire, si vous ne faites pas déjà), vient de publier un e-book: Tirer le meilleur parti de Twitter. Je vous le conseille, d’une part parce qu’il permet de dresser une panorama très large des pratiques et usages de Twitter comme outil marketing, communication et RP,  d’autre part parce qu’il regroupe des interventions d’activistes de la twittosphère, et enfin parce qu’il est gratuit. Ce serait idiot d’acheter un mauvais livre sur Twitter, alors que vous pouvez en avoir un excellent gratuitement ici, non ?

Et comme ce pavé fait 289 pages, je vous propose de lire directement ma participation ci-dessous. Ca parle des mauvaises pratiques sur Twitter. Je suis certain que vous apprécierez.

A l’instar de Facebook en 2009, Twitter est en train de devenir la panacée du marketeux digital. Un outil idéal pour le SEO, la propagation RP, la veille de marque et même, pourquoi pas, comme support de campagne publicitaire.
Mais Twitter est également un territoire où de mauvaises pratiques peuvent voir le jour. Il peut s’agir de pratiques endémiques à l’outil de microblogging ou simplement le renouvellements de mauvaises pratiques existantes.

Il est indispensable de connaître ces pratiques, d’une part pour savoir identifier leurs dangers potentiels, d’autre part pour récupérer des enseignement sur la psychologie des utilisateurs de Twitter. Et ce, afin d’envisager les tendances possibles des utilisations de cet outil.

1/ Le clavardage stérile est il vraiment vain ?

La première objection que les grands marketeux et publicitaires ont pu faire quand Twitter est arrivé sur le marché, a été : « Twitter ne sert à rien ! Qui peut avoir envie de lire les états d’âmes d’individus anonymes ? ». Ne revenons pas sur le manque de pertinence de cette objection, mais penchons-nous plutôt sur cette question du dévoilement intime au travers d’un outil interpersonnel.

Vous pouvez utiliser Twitter comme un outil professionnel, en choisissant vos sources (followings) avec soin dans une sphère de professionnels respectables et en ne tweetant que des choses sérieuses. Mais vous pouvez aussi décider de suivre des comptes qui vont parler de choses personnelles, de leur vie, leurs passions.

Inutile ? Certainement pas.
Car c’est ainsi que naissent les stars sur Twitter. Je ne parle pas de stars déjà connues pour leurs frasques ou leur volonté exhibitionnistes (les Kutchers, Britney Spears, Oprah Winfrey, ou même Katsuni), mais plutôt d’illustres inconnus qui par leurs actions (ou plutôt interactions) sur Twitter, vont devenir des stars.

On a ainsi pu voir dans le PTF (Paysage Twitterien Français) Florence Desruol et son tweet sur l’absence de netiquette sur twitter, Pascal Cardonna et #lalettre, ou encore les multiples règlements de compte entre blogueuses ex-influentes essayant de se reconstruire une audience sur un autre support que leurs blogs délaissés. A cette jet-set twitterienne, on peut ajouter les twitteurs politiques qui s’amusent volontiers à casser leurs opposants au détour d’un tweet cynique.
Bref, des règlements de compte, souvent bas, et au premier degré, mais qui vont propulser les protagonistes de la moquerie au rang de Twitter-stars.

Mais pourquoi ne pas utiliser cet attrait du tweet personnel à votre profit ? Commencer à twitter des avis qui accompagne des RT, puis des opinions personnelles, voir même des conversations à la limite de vos obligations professionnelles. Vos followers vous suivent parce que vous incarnez une marque, mais ils vous suivront d’autant plus si vous êtes un véritable individu qui existe au sein d’une marque. Et un véritable individu exprime ses opinions. Je doute que les gens aient envie de suivre un panneau publicitaire. Et le politiquement correct ennuie vos lecteurs. Alors forcément un follower potentiel ira vers les comptes qui lui sembleront les plus réjouissants, ceux qui parlent vraiment, pas ceux qui transmettent.

Ainsi, les comptes Twitter peuvent aussi s’enrichir en prenant en compte ce qui pourrait être un défaut majeur : leur capacité à discuter de façon personnelle (voir stérile).

On peut se demander quelles marques vont être capables de l’accepter ? Certaines aux Etats-Unis le font déjà, déléguant leur sacro-sainte image à des représentants officiels (@ScottMonty pour Ford, ou encore @AdamDenison pour Chevrolet) qui tweetent des anecdotes et points de vue personnels. Le résultat ? Les ventes spéciales décollent.

En France, ce n’est pas le cas. L’année prochaine peut-être ?

2/ Le SEO-spam de base est-il utile ?

Nota: je parle de “SEO de base” dans la définition la plus péjorative de ce métier, c-a-d “celui qui crée du trafic sans regarder la qualité de ce trafic”. Les vrais professionnels du SEO, qui ne travaillent pas comme ça, m’excuseront.

Gonfler artificiellement un compte twitter n’est pas difficile. Que ce soit en créant un bot avec l’API de Twitter ou juste avec un compte Twitterfeed, vous pouvez très rapidement obtenir un nombre conséquent de followers sans vous fatiguer.
Pour ma part, j’ai testé la seconde méthode et j’ai gagné avec un compte anonyme près de 400 followers (pour 3 followings) en 2 mois. Le tout n’ayant pas excédé 2h de travail (4 lignes de php, et une bidouille d’1h sur Yahoo Pipes).

NB: On peut remarquer une stagnation du compte au bout d’un mois, due à une modification de l’Api de Twitter. Au bout de 2 semaines. J’ai tout de même corrigé le bot et c’est reparti.

Vous imaginez ce qu’on peut faire en programmant directement l’API de Twitter ? Programmer un système qui pourrait follower les gens en masse, en les défollowant une fois ceux-ci suffisamment nombreux… Ah, on me souffle à l’oreille que c’est une pratique déjà existante et que certaines boites vendent déjà ce type de services.

Mais pourquoi pas ?!!” Allez vous me dire. Car d’ici quelques mois, les gens auront oublié qu’on les a manipulés et defollowés à la sauvage, ils ne regarderont que le nombre de followers, et se réabonneront sans problème à votre compte. Les gens ont la mémoire courte sur Internet.  Alors où est le problème ?
Et en fait, en dehors d’un bad buzz éventuel, il n’y en a pas ! Seulement, la question n’est pas “Où est le problème de gonfler artificiellement mon compte”, mais plutôt “Qu’est ce que ça me rapporte ?”.
Mais quel est le véritable intérêt pour votre marque de collectionner 10 000 followers ? En dehors de montrer sa pseudo influence à des médias qui n’y connaissent rien… Car vous croyez vraiment que le nombre de followers a quelque chose à voir avec l’influence ? Vaut-il mieux avoir 1000 followers qui connaissent votre marque, vos produits et qui vont vous écouter (et éventuellement faire tourner) ou 10 000 bots potentiels ?

Je vous laisse y réfléchir.

3/ Peut-on faire du RP cheap sur Twitter ?

Ca y est, il y a des CM partout et ils sont tous sur Twitter. Leur objectif : propager leurs communiqués de presse à la twittosphère toute entière. Forcément, sur cette twittosphère française, vous avez une majorité de marketeux, de journalistes et de blogueurs. Alors comment ne pas sauter sur l’aubaine et déverser ses communiqués de presse à tous ces recepteurs/transmetteurs potentiels ? “Regardez cette magnifique campagne Bidule ! Please RT”.

Or il s’agit d’une stratégie dangereuse car sur Twitter les gens donnent leur avis. Ils s‘expriment plus que sur les blogs et nettement plus que dans les journaux.
Faites un joli cadeau à un journaliste (ou à un blogueur) et au mieux, il vous écrira un papier, au pire il n’en écrira pas (non, seuls les blogueurs qui n’ont pas de jolis cadeaux écrivent des articles méchants).  Mais voilà, vous n’avez pas (encore) de budget pour envoyer un cadeau à un twittos (140 caractère pour un cadeau, ça fait cher la ligne). Alors vous tombez dans un dilemme : faut-il ou pas envoyer un twitt, avec un risque de bad buzz. Car le gentil Communiqué de Presse, polishé avec soin, destiné à faire écrire les journalistes, peut se transformer en piège.

En conclusion, faire des RP sur twitter est dangereux. Seuls les bons RP (connectés) arrivent à faire parler de leurs campagnes sans problèmes sur ce territoire.
En même temps, il fallait s’y attendre. Vous avez déjà vu un communiqué de presse converser, vous ?

4/ Le twroll !

Le twroll (invention personnelle) c’est celui qui essaie de se faire mousser sur votre dos sur Twitter. Digne descendant du troll des forums et des blogs, il a naturellement trouvé sur Twitter une environnement où sa nature  vaine peut s’épanouir. Le twroll peut prendre plusieurs formes : marque ou professionnel concurrent voulant vous enfoncer devant vos lecteurs, marketeux débutant voulant se créer une audience rapidement, ou simple paumé qui a décidé de vivre son quart d’heure de gloire sur votre dos.

Ses méthodes vont du tweet classique de spammeur-marketing-SEO-expert “Gagne $4000 par jour sans rien faire ! //cc @cyroultwit” ou encorecelui de la Twitter-whore: “How r u @cyroultwit ? Miss u !” (avec avatar attractif) à la véritable insulte personnelle “J’ai vu @cyroultwit un jour et il n’est pas très chevelu !” (le twittos qui a écrit ça a depuis été obligé de fermer son compte).

Alors que faire en cas de tentative de twrollisation ?
Rien. Ne surtout pas répondre ! Discuter, c’est jouer le jeu des spammers ou des frustrés, et ça ne peut que leur faire de la publicité, et donc leur faire atteindre leur objectif (tout en vous desservant).
N’essayez pas de raisonner les méchants. Si vraiment vous devez vous justifier, prenez rendez-vous via Twitter sur un espace de discussion (un blog par exemple). Là, vous résolvez le malentendu ou confondez le troll et votre réputation sera sauve. Tenter de faire ça en 140 caractères, est une gageure insurmontable.

Et au pire, il existe un bouton “block / spam” sur Twitter. Les twrolls pourront continuer à crier des tweets dans leur coin, vous ne les entendrez plus.

5/ conclusions

Twitter est un outil mais c’est aussi et surtout un nouveau territoire.
En tant qu’outil, il faut apprendre à l’utiliser, connaitre ses opportunités et ses faiblesses.
En tant que territoire, Twitter est habité par une population spécifique qui développe de nouveaux comportements via le langage (RT, 140 caractères, …), mais aussi les usages (#FF, instantanéité du tweet, vérification limitée des sources, recherche du premier tweet, etc…).

Utiliser Twitter signifie évidement connaitre l’outil, mais aussi comprendre ces néo-comportements pour s’y adapter. C’est à travers Twitter que l’on comprend qu’Internet n’est pas simplement un média, mais aussi un nouveau creuset dont vont émerger les usages marketing et com’ de demain. Ne bâclons donc pas son utilisation.

Et pour vous y aider, voilà donc ce très bon ebook réalisé par Flavien Chantrel et son équipe :