Before la keynote : Apple et la santé connectée

Comme vous l’avez certainement constaté, j’ai de moins en moins de temps pour coucher sur l’écran mes interrogations et prévisions numériques. Aussi, quand on me propose de répondre à des questions pour un article sur le Monde, je suis bien content de prendre 5 minutes pour me livrer à un exercice d’extrospection sur le sujet d’Apple, de la iWatch et de la santé connectée.

Ce qui est intéressant dans cet exercice, c’est que dans quelques heures, cet article sera soit complètement ridicule, soit complètement évident. Vous me le direz (les pince fesses d’Apple, très peu pour moi, je préfère ceux de la Comtesse qui en a de belles ).

Voilà donc mes réponses aux questions posées par les jeunes journalistes du Monde. 

Apple va-t-il chambouler le marché de la santé connectée ?

Il est difficile de parler de « chamboulement » quand le marché est en pleine croissance. Apple va surtout faire prendre conscience du potentiel de ce nouveau marché à des acteurs qui n’y croyaient pas (ou ne savaient pas que ce marché existait). Du coup, on peut imaginer que d’ici 1 an, des tas de nouveaux acteurs envahissent ce marché (à tort et à travers).

Pourquoi et comment ?

Pour l’instant, il ne s’agit que d’effet d’annonce. Une annonce sur laquelle on commence à spéculer et qui n’est en réalité pas encore tombée (attendons ce soir). Apple nous a déjà fait le coup d’annonce sans aucun intérêt).

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De nombreux objets connectés existent déjà. Le fait qu’Apple se lance sur ce segment est-il le signe que les objets de santé connectés sont devenus mainstream ?

Pas mainstream, rentables ! Le marché de la e-santé est en plein développement. Les sommes investies sont de plus en plus importantes, d’une part par les anciens acteurs (laboratoires pharma) qui se mettent à s’intéresser à ces nouvelles façons de connaitre leurs patients, et d’autre part par la profusion de start-ups, plus ou moins sérieuses, qui se lancent sur ce créneau.

La rentabilité n’est pas du forcément au « mainstream » du produit, mais plutôt via la preuve qu’une catégorie de la population est capable de donner ses datas sans s’inquiéter de l’usage qu’on en fait. Et cela à de quoi exciter tous les revendeurs de datas de toute la planète (Google, Apple, Facebook, etc.).

Apple se lance-t-il dans la santé connectée pour différencier son produit de la smart watch de son concurrent Samsung, leader du marché des montres connectées ?

Le mobile est mort à 10 ans, voir à 3 ans pour les early adopters. Du coup les alternatives ne sont pas forcément nombreuses.

  • Doigt connecté ? Ne riez pas, ça existe.
  • Vêtement connecté ? Le wearable computing est en plein développement.
  • Oreille connectée ? Ne riez pas, ça existe aussi.
  • Montre/bracelet connecté ? C’est bien l’option la plus simple et évidente à mettre en oeuvre.

Du coup, le bracelet ou la montre connecté est un produit évident. Or, Samsung a eu le flair de sortir sa montre connectée avant tout le monde et s’auto-baptiser leader d’un marché qui n’existe pas encore. La seule solution pour Apple dont la montre était prévu (bruits de couloir) depuis longtemps : orienter sa com sur autre chose. Et ce fut la « santé connectée« .

Du coup, au lieu d’un Fitbit ou d’un Jawbone + un iphone, pourquoi pas un mélange des deux. Mais bon, on attend tout de même plus de précision lors de la keynote.

La santé connectée reste-t-elle un marché marginal ? Pourquoi ?

Non, c’est un marché en phase d’introduction (moins aux US où on pourrait considérer qu’il est en croissance). Mais il ne s’agit pas d’un marché « marginal » car sous l’appellation e-santé, vous allez trouver tous les ressorts du quantified self, de la balance connectée au bracelet, en passant par le lecteur de glycémie, mais aussi la fourchette connectée qui vérifie votre alimentation, et également tout le sous-marché des objets connectés pour les bébés (qui se construit en R&D un peu partout à l’heure ou je vous parle).

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Ma société, Curiouser, travaille avec des entreprises dans plusieurs de ces secteurs sur des principes de récupération de datas, ou d’utilisation de ces datas. Je peux donc vous dire (sans vous dévoiler le nom de mes clients), qu’il ne s’agit pas d’un marché marginal, mais au contraire d’un marché immense qui concerne à la fois différentes industries mais aussi les services comme les assurances et bien d’autres.

On voit des brosses à dents, des balances, des patchs de nicotine connectés… en quoi la montre est-elle le bon outils de santé connectée ?

Y’a t’il un « bon » outil de santé connecté ? J’aurai du mal à répondre à cette question qui est très personnelle.

Faut-il avoir des inquiétudes en termes de protection des données  et pourquoi ?

C’est le véritable point dont il faudrait parler autour de cette keynote. Apple va certainement essayer de ne pas parler des problèmes de leak de son iCloud (vous savez, les photos de stars à poil). Il n’y aurait en effet pas grand chose à dire en dehors de « gardez vos datas pour vous ». Or, la iWatch sera tout le contraire. C’est : « donnez vos datas à Apple ».

On peut se rappeler des « bugs » des premiers Iphone qui envoyaient des datas à Apple pendant la nuit sans le consentement de leurs propriétaires. Ne croyez pas donc que vos données seront en sécurité avec Apple. Pas plus qu’avec Google ou Facebook.

une image qui ne sert strictement à rien, volée sur l'Internet
une image sur Snow Leopard, un peu hors sujet

L’enjeu des prochaines années est la possession des données (géographiques, physiques, de consommation, ..) des internautes. Pendant que la France s’amuse avec  sla CNIL, les boites américaines (et certaines françaises) les récupèrent sur le sol américain (où la CNIL peut se brosser).

Et pendant cette phase d’introduction des objets connectés, le cadre légal est largement dépassé par ce qui arrive. Le temps que la loi statut sur la possession de ses propres données, de nombreux abus auront été commis (je pense notamment à la revente de données d’e-santé à des assurances, mais il y a bien d’autres exemples).

C’est donc le véritable point à aborder à la Keynote. Apple saura-t-il y répondre ?

On peut rêver.