La tentation féminine du Geek

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Une polémique enfle sur les Internets : le geek serait-il sexiste, machiste voir misogyne ? 

Cela fait un moment que ça couvait (lisez à ce propos Psycho-test de Consoles + : en attendant tes règlesJoystick : apologie du viol et culture du machisme et surtout le très intéressant Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier chez Mar_Lard (et son excellente  réponse chez Zali).

Seulement l’irruption des vieux médias (presse et radio) dans le débat a transformé cette interrogation en certitude : le geek serait un salaud de machiste et la communauté des geeks un lieu de phallocrates.

Ne pouvant laisser mes lecteurs adorés (femelles ou mâles je vous aime tous) croire à ces bêtises, voilà une démonstration que j’espère logique, qui vous prouvera que le geek véritable est en réalité bien moins machiste que  le reste de la société.

La complexe question de la définition du geek

inigo-montoya-you-keep-using-that-word-i-dont-think-it-means-what-you-th-2a344fb1-sz288x200Tout d’abord, quand on parle de geek, il faut faire attention à bien définir de quel type de geek on parle. Est-ce un geek « grand public » qui s’achète un Iphone et joue sur sa XBOX dernier cri ? Ou est-ce un geek « absolu » qui a passé des milliers d’heures sur un sujet bien souvent en dehors de la norme sociale ?

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En effet ce mot « geek » évoque deux conceptions complètement opposée : l’une élitiste, l’autre grand public. Cela n’en fait pas des bons ou des mauvais geeks, mais des gens complètement différents qui recherchent des choses différentes et pourtant réunis sous la même appellation : geek.

Le « geek absolu », passionné obsessionnel

Le geek absolu va avoir a comme objectif d’améliorer son expertise/son savoir concernant sa passion. Il n’a donc comme critère de mesure, que l’expertise des autres. Le sexe de cette expertise n’est pas un critère pris en compte par cette population. Car qu’importe ton sexe si tu te balades en programmation probabiliste !

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C’est compliqué ? Bienvenue dans son monde, car ce geek absolu doit travailler pour être crédible au sein de sa « communauté ». Imaginez que pour être expert de Tolkien, vous deviez LIRE les livres plusieurs fois et pas seulement aller voir les films au ciné. Ou que pour masteriser une partie du jeu de rôle Star Wars, vous deviez APPRENDRE toutes les règles et pas simplement l’acheter sur Steam ou Xbox Live. Ou encore que pour être un pro de Nintendo, vous TERMINIEZ Zelda plusieurs fois sans cheater (et avec une seule main).

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Apprends à reconnaître une vraie geek d’un fantasme masculin. Là, tu vois, ce sont 2 fantasmes masculins.

Bref, être un geek absolu se mérite. Il faut passer du temps et des neurones sur sa passion. Son Kung Fu (sa geekitude) sera souvent la somme du temps et de l’effort passé à parfaire ses connaissances et sa pratique et ceci, quel que soit le domaine : développement informatique, figurines, modélisme, littérature, jeux de rôles, cinéma, jeux vidéos, etc.

Le geek absolu est un obsessionnel qui s’investit à fond dans sa passion. Une passion souvent solitaire d’ailleurs, elle est souvent hors-norme voire anti-sociale. Et oui, dans les années 80, développer sur son ordinateur était très mal vu, et jouer avec une console encore plus. Quant à l’électronique  ou la lecture de romans fantastiques ou SF, c’était un truc de naze que se partageaient garçons ou filles. La société s’en foutait, c’était des nazes, qu’importe le sexe une fois encore.

Le « geek grand public », consommateur earlyadopter

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Une neo-geekette en pleine séance de geekerie

Or, aujourd’hui la médiatisation (et marchandisation) de l ‘image du geek fait qu’il est devenu un personnage tout à fait fréquentable. Tout le monde veut/doit être geek. Alors tout le monde devient geek. Il suffit d’acheter les boucles d’oreille Pac Man, les chaussures à talons Mario, d’afficher le numéro du premier Star Wars que vous oubliez toujours grâce à votre Iphone, et hop, vous voilà geek.

Et ce geek « grand public » va, lui, avoir des comportements similaires (un peu en avance néanmoins) que le reste de la population. Il n’est pas sur un forum pour apprendre, comprendre ou s’améliorer, mais pour se divertir. Et le fait de jouer à des jeux vidéos ne changera certainement pas son comportement de français moyen (qui peut être sexiste, machiste ou simplement gros con à force de voir des conneries à la télé).

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Un accessoire de geek grand public. Pas fatiguant.

Mais pourquoi une jeune homme oui une jeune fille, socialement construit(e) à partir de télérealité, de Youtube, de cours de récréation et de séries TV américaines changerait-il ? Parce qu’il a acheté un Macbook ? Parce qu’il joue au dernier jeu vidéo à la mode ? Parce qu’il tient un blog sur le cinéma ? Non. Un français normal reste un français normal, même si il est un peu en avance en terme de pratiques que le reste de sa société et qu’il veut être cool comme un geek ou une geekette.

Le fantasme de la geekette

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Cette fille est-elle une geek ? Non, c’est un fantasme marketing.

Née autour de 2005, la geekette, à l’instar du geek, est une construction sociale qui n’existe pas réellement (de dehors de la regrettée série Hello Geekette évidemment).

Pour l’industrie du divertissement, l’équation économique était simple : il doit bien se trouver des filles qui achèteront ce qu’on est en train de vendre à ce marché « geek grand public » (jeux vidéos, cinéma, comics, applis smartphone, goodies, etc.). Et si elles n’existent pas, nous les créerons. Ainsi Ubisoft recrute ses frag-dolls, Nintendo communique à mort sur le casual gaming féminin et les héroïnes fortes déferlent sur les séries télés (Alias et compagnie).

Le nombre de filles s’autoproclamant geekette a donc augmenté en proportion du nombre total de geeks. Alors l’industrie a surenchérit en mélangeant les codes de la culture geek avec ceux du marché féminin. Un petit tour sur Pinterest vous montrera une foule de colifichets (colliers, bagues, chaussures à talons, etc.) brandés « geek » et qui ne sont certainement pas masculins.

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Chouette. Alors tu préfères quel épisode de DS9 ? Tu as lu la suite du cycle de Fondation ? Et tu penses quoi de Heinlein ? Et tu aimes regarder les étoiles la nuit ? Et sinon tu préfères Python ou RoR ? Hey, mais pourquoi tu t’en vas, là ? Hey, reviens.

Et aujourd’hui, même ta mère peut devenir geek et chic. Et tout ça en moins de 10 ans. Surpuissante alliance du commerce et des médias.

Les produits de consommation sexualisent, pas les passions geek

Seulement, plus les années passent et moins on trouve de références complexes ou de lectures compliquées dans ces produits geek – féminins. Serait-ce une remarque sexiste ?

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Cool, des lunettes pour être geek sans vous forcer à lire

Non, c’est une constatation qui peut s’expliquer pour deux raisons :

  1. Plus c’est simple, mieux ça se vend. Regardez les derniers blockbusters cinéma sur les super héros. Faut pas fatiguer mentalement le public, qu’il soit masculin ou féminin. On fait dans la simplicité.
  2. L’expertise est asexuée. Un manuel du MJ du JdR Cthulhu n’est pas sexué. Une page de discussion sur des fonctions avancées en Python non plus. Un comics book est multi-sexe (sauf si il s’agit d’un produit sexomarqueté, mais dans ce cas il ne faut pas se plaindre – on reçoit ce qu’on achète). Et jouer comme un dieu à Guitar Hero n’est pas réservé qu’aux hommes (personne ne bat Juliette à ce jeu et pourtant c’est une fille, personne ne dira le contraire). Même les anciens produits marketés, devenus des icônes populaires geek, ont perdu leurs connotation sexuelle avec le temps : He-Man, série de jouets des années 80 pour les garçons est-elle aujourd’hui sexiste ? Allez dire ça à  She-Ra, tiens.
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Étrange, il n’y a pas marqué male/female sur la boîte. Les adorateurs de Cthulhu ne seraient donc pas machistes ?

Donc pour vendre à un public féminin (ou masculin ça marche aussi), il faut faire simple. Si le produit est trop complexe ce sera une cible mixte. Ce qui vient à me faire dire que tous les véritables items constitutifs de la culture geek sont asexués  Ou en tous les cas, le sexe ne fait pas partie des critères visibles.

En revanche ce qui est sexué, ce sont les produits fabriqués par l’industrie ou les  médias qui profitent de cette culture geek. Et les consommateurs qui achètent ces produits ne sont pas des geek. Non, ce sont des early-consommateurs d’une culture devenue populaire.

T’en veux des « vraies » geeks ? En voilà !

Après cette belle démonstration,  je me suis demandé si j’étais capable de citer 3 filles que je rangerai sous la bannière des geeks absolues pour voir si les geeks absolues existaient. En voilà 3. J’aurai pu en citer bien d’autres de mes connaissances personnelles, mais la difficulté a été de sélectionner des geeks filles assez connues (les geeks absolu(e)s n’aiment pas forcément la célébrité).

  • Mon premier choix est tombé sur Fanny, la phone/robot geek. qui a lancé les Fanny’s party en 2004. Je ne suis pas capable de mesurer son niveau de connaissance en téléphonie mobile, mais en robots elle est excellente. Cela ne l’empêche pas d’être femme, mère et indépendante.
  • Maya, la porn geek. Elle a commencé en parlant jeux de rôles et de cul. Mais pourquoi pas. On a le droit d’être geek et amatrice de sexe (heureusement que ce n’est pas réservé qu’aux mâles). Et depuis elle chronique dans des revues, scénarise des BD et écrit même des bouquins.
  • tiffanyEt puis une découverte récente avec Tiffany (CupQuake), la geek gameuse. Elle pourrait être une banale podcasteuse de jeux vidéos (surtout Minecraft) si elle ne faisait pas également 150 autres trucs (dessin, peinture, bricolage, bouffe). Géniale et talentueuse cette fille.

Voilà, sans réfléchir, je vous ai sorti 3 expertes de sujets « geek ». De vraies passionnées qui dépassent largement leurs équivalents masculins. Elles sont admirées, écoutées, copiées, suivies par des hommes et des femmes qui reconnaissent leur talent, leur expertise.

Ne pas confondre sexisme de la société et « sexisme geek »

Forcément dans le tas, il y aura toujours un blaireau qui aura une réaction sexiste à leur égard, mais ça, ça s’appelle le manque d’éducation, pas la geekerie.

Aussi quand les médias (ou les blogueuses) vont attaquer ces geeks « grand public », elles se trompent de cible (et de colère) en créant une généralisation qui ne rend pas justice aux ces geeks absolus. C’est la société dans son ensemble qu’elles devraient attaquer, pas les véritables geek passionnés. Ces derniers étant obsessionnels et souvent paranoïaques, mais certainement pas machistes (du moins dans leur passion).

Si vous en connaissez, je pense que vous serez d’accord avec moi.