Zombiemania: décryptage d’un virus devenu pandémie

Les zombies nous entourent. Ils sont partout. Vous en croisez tous les matins dans le métro, dans les couloirs de votre bureau, ou même dans la rue (voir la dernière Zombie Walk du 25/10 à Paris). Ca y est, la société s’est zombifiée. Alors pour mieux comprendre ce phénomène de zombification je laisse la parole à Anne-Sophie Robert, une planneuse stratégique de grande qualité, mordue de films d’horreur et de jeux vidéos. N’hésitez pas à la contacter si vous cherchez un planner strat.
Rick Genest et ses innombrables tatouages : une impressionnante métamorphose

Que serait notre vie sans les zombies ? Voilà une question que l’on pourrait aisément se poser en constatant le déferlement de contenus traitant de ce sujet. Vous devez d’ailleurs sans doute vous dire que j’ai un léger train de retard… Certes. Mais heureusement pour moi, je suis sauvée par son intemporalité.

Une intemporalité qui se justifie par plus de 40 ans d’existence, laquelle s’accompagne d’un véritable effet de mode depuis près 4 ans. Que ce soit au travers de bandes dessinées, séries TV, publicités, films, et autres contenus divertissants, les zombies sont partout, et toujours plus nombreux à la recherche de « fresh meeeeeat ». Peu de temps après la sortie événement de la série Walking Dead, moult articles ont vu le jour pour tenter d’expliquer ce phénomène. Je pense notamment au pertinent point de vue de Thomat Jamet qui met en exergue l’utilité du mort-vivant en tant que reflet d’une société rongée par la surconsommation et les inégalités sociales. De manière générale, ces interprétations sont multiples et pour le moins recherchées. Trop, à mon sens, pour que je rajoute ma pierre à l’édifice. Non seulement mon apport personnel serait d’une subtilité telle que personne ne distinguerait la différence entre mon point de vue et celui d’un autre passionné, mais il passerait également totalement inaperçu – chose que j’aimerais si possible éviter…

En réalité, je me suis toujours posée une question en particulier :

Pourquoi les zombies ont-ils un tel succès auprès du grand public ?

Après réflexion, voici une liste non exhaustive de raisons qui pourraient expliquer le pourquoi du comment :

Freddy Krueger. Peur !

1/ Les zombies ne font (presque) pas peur.

Certes, tout le monde ne serait sans doute pas de cet avis. Mais prenons un peu de recul et comparons nos chers amis nonchalants avec d’autres figures tortionnaires et non moins sanguinaires. Freddy KruegerJason VoorheesLeatherfaceMichael MyersFrank Zito… Force est de constater que tous sont bien plus effrayants qu’un « Boubou » sorti tout droit de Day of the Dead. Pourquoi ? Parce que les zombies sont lents, autant mentalement que physiquement. Ce qui offre un gros avantage aux survivants, qui peuvent aisément les éviter, voire même les narguer ou prendre le temps de se moquer de leur mobilité réduite. Or, il est clair que de telles initiatives seraient juste suicidaires face à un Pinehead ou un Creeper très en colère. Certes, cette vérité n’est pas le cas pour certains films plus récents tels que REC ou 28 semaines plus tard, dans lesquels les zombies sont des « contaminés » capables de piquer un sprint pour atteindre leur proie. Mais ils ne sont pas pour autant plus intelligents ou avides de sadisme. En réalité, le moment que redoute le téléspectateur en regardant un film de Romero est celui où les entrailles de la pauvre victime se retrouvent entre les mains peu délicates d’un zombie affamé. Ceci étant, ce sentiment n’est pas généré par la peur mais par le dégoût.

"Boubou", Day of the Dead
Boubou - Day of the Dead. Pas peur !

Ce ne sont pas les morts-vivants qui effraient le public, mais les esprits démoniaques, les psychopathes dénués de tout sens moral, les monstres sournois qui usent de multiples ruses pour piéger leurs innocentes – et ô combien naïves – victimes. Les zombies, eux, sont prévisibles. Et c’est justement ce qui les rend plus « sympathiques », notamment pour tous ceux qui apprécient de regarder les films d’horreur, à condition de ne pas redouter le moment où ils se retrouveront plongés dans l’obscurité et sous leur couette.

2/ Les zombies sont étaient comme nous !

Autre point non négligeable : Les zombies sont avant tout des victimes. Entre nous, je doute qu’ils aient demandé à être mordus pour avoir la chance de se transformer en une espèce de légume animé par un seul et même but : Assouvir leur faim. Mais ce changement de statut ne les déshumanise pas pour autant. Si je devais citer ne serait-ce qu’un exemple de film du genre dans lequel l’un des héros ne se retrouve pas attendri face à un proche devenu zombie, je n’en trouverais aucun. Et dans ce cas précis, le survivant est tellement troublé qu’il est toujours à deux doigts de se faire dévorer tout cru par l’ancien être aimé. Un constat qui montre que la frontière entre les non-vivants et les vivants, les bourreaux et les victimes, est bien plus mince qu’elle n’y paraît.
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=eF3UDa7nzmA[/youtube]

3/ Il y a pire que les morts-vivants : Les survivants

Guide de survie ZombieComme je l’évoquais dans le paragraphe précédent, la frontière entre les bons et les méchants est ici très mince. A fortiori lorsque l’on rajoute à l’humanisation des zombies la déshumanisation des vivants. Il suffit d’observer des classiques pour s’en rendre compte. Dawn of The Dead, Day of the Dead, 28 jours plus tard sont autant d’exemples qui illustrent parfaitement cette théorie. Au moment le plus critique, là où la solidarité et l’entraide seraient de loin la solution la plus judicieuse, certains survivants choisissent la méthode du « chacun pour soi », et finissent le plus souvent par s’entretuer.

Prenez une soif de pouvoir et de toute puissance, ajoutez-y une touche de folie et une pincée de vice, vous obtiendrez un monstre capable de rivaliser avec n’importe quel mort-vivant : l’Homme. Là où le zombie se comporte comme un animal répondant à un besoin primaire qu’est celui de se nourrir, les vivants vont mettre leur sens moral de côté au profit de stratagèmes aussi vils que destructeurs pour parvenir à des fins somme toute personnelles. Le résultat de ce contraste des plus surprenants l’est tout autant : Le public éprouve du dégoût envers les vivants, et de la sympathie envers les zombies. Pour preuve, en voyant une horde d’entre eux dévorer certains protagonistes, je me suis déjà entendue dire « Bien fait pour eux… » Je sais, je sais, shame on me! (Quoique…)

4/ Quand « zombie » rime avec « sexy »

T-Shirt Zombies Schtroumpf
T-Shirt Zombies Schtroumpf
Toutes ces raisons mises bout à bout tendent à donner un statut particulier au zombie. Il n’est plus celui qu’on rejette avec un air répugné en occultant tout ce qui lui a trait, ou qu’on évite du regard en se cachant derrière son oreiller. Non. Le zombie est parmi nous, et suscite l’intérêt de plus en plus de personnes initialement étrangères aux films d’horreur, et ce, en contaminant des univers tout public, voire même « sooo cute ». Il en est de même pour le cinéma et la comédie, avec l’excellent Shaun of the Dead et autre Zombieland qui semblent avoir clairement réconcilié une majorité de réfractaires avec ce genre.
Nain de jardin Zombie
Nain de jardin Zombie

Et j’irai même plus loin en clamant haut et fort que les zombies ne sont pas seulement mignons. Ils peuvent aussi être sexy. La preuve en est avec le ténébreux Rick Genest alias Zombie Boy, que l’on peut apercevoir en tête de l’article. Bon… certes, cet avis reste pour le moins subjectif. Quoique… non seulement ce jeune canadien est devenu l’égérie de Thierry Mugler, mais il a également accompagné Lady Gaga dans le clip du premier titre de son dernier album Born this way. Une cote de popularité qui serait sans conteste inexistante sans son masque putride. (NDLR: d’ailleurs il vient de faire une pub pour L’Oréal, c’est dire).
Lego Zombie
Lego Zombies

Un constat qui semble donc dépasser la réconciliation au profit d’une affection de plus en plus grandissante. Et mon petit doigt me dit que ce n’est qu’un début…
Après tout, pourquoi la principale raison d’être des zombies serait-elle forcément d’ordre sociologique et horrifique ? Pourquoi ne serait-elle pas simplement d’offrir du pur divertissement aux téléspectateurs ?
En guise de conclusion, je laisserai le mot de la fin au magnifique Bill Murray : Aaarrrrgheuuuhinnnnnaaaaaeuuhhh* !
* Bonne journée à tous.
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=1yeUswA8xPY[/youtube]