Et si la France aidait Slim à sortir de prison ? #freeslim #SidiBouzid

Slim Amamou est un mec sympa. Du genre à vous payer une bière et vous faire visiter Tunis dans sa 404L. Il parle beaucoup mais quand il parle, on aime l’écouter car il parle bien. On sent chez lui une envie constante d’apprendre et de s’améliorer. Il est d’ailleurs très cultivé et a des théories qu’il remet en cause constamment. Slim a des principes basés sur l’open source, la liberté de circulation de l’information. Slim est votre meilleur ami (enfin, le meilleur ami de tous ceux qui aiment et défendent ces idées).

Mais Slim est tunisien et  il s’est fait arrêter jeudi. Depuis, plus de nouvelles. Dans ces cas là, en France, on prévient un avocat et on écrit une lettre à tous les journaux. Nous sommes un état de droit. En Tunisie, où tous les médias sont censurés par le gouvernement, il n’y a pas grand chose à faire (non, le sitting devant la préfecture ne marche pas, les balles réelles ça gratte plus que les fumigènes). La seule solution (pour nous qui sommes loin) reste donc de propager la nouvelle sur Internet. Qu’on sache où se trouve Slim. Et que les gens qui l’on enfermé (et/ou pire – je préfère pas y penser) le sachent aussi. Nous savons où il est, mais nous ne savons pas dans quel état.

Pour répondre à certaines interrogations : non je ne suis pas tunisien, et non je ne bosse pas là-bas. J’ai eu la chance d’être invité au TedX Carthage en septembre 2010, d’y apprécier la jeunesse tunisienne (connectée) et d’y rencontrer Slim. Il m’a trimbalé dans sa 404L et m’a payé des bières. Forcément il s’est fait un pote. Mais ce n’est pas que pour ça que j’écris. Il est tout simplement indispensable de se battre pour les Slim de tous pays. C’est ce que j’avais essayé de faire avec la série « bloguer dans un violon« , car quiconque sacrifie sa liberté pour plus de sécurité ne mérite ni l‘un ni lautre.

Alors chers lecteurs n’hésitez pas à faire tourner l’info. Et encore plus quand les pantins du gouvernement français, dépassés par la situation, appellent à l’inaction. Pour ma part je republie (avec l’autorisation de Fabrice) la lettre ouverte à Frédéric Mitterand (le pantin susnommé). Elle a l’avantage d’être très bien écrite et de recontextualister toute l’histoire.

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, ministre de la communication.

Monsieur le Ministre,

Slim Amamou, entrepreneur Tunisien dans le secteur internet, militant pro Net Neutralité, farouche adversaire de la censure, et – accessoirement – bloggeur chez ReadWriteWeb, est détenu depuis jeudi dernier dans les geôles de la dictature Tunisienne.

A l’heure où les morts se comptent par dizaines et où la révolte de la jeunesse Tunisienne semble redoubler, la rédaction de ReadWriteWeb appelle solennellement le gouvernement Français à demander la libération de Slim Amamou et, à l’instar de son homologue Américain, à dénoncer les attaques informatiques incessantes effectuée par le gouvernement Tunisien envers ses citoyens, qui violent leur vie privée, les privent du dernier espace de liberté dont ils disposent, et sème la terreur jusque sur le réseau en volant leurs codes d’accès à leurs profils Facebook ainsi qu’à leurs emails, ainsi qu’en se livrant à une censure de plus en plus féroce.

Slim Amamou, sans doute le plus connu des bloggeurs Tunisiens, est une personnalité de l’internet reconnue à l’international. Sa séquestration ne restera pas sans réponse, et contrairement à ce qu’il se passe quand un confrère journaliste est enlevé, l’internet ne se contentera pas de communiqués réguliers égrenant les jours de détention.

Les Anonymous ont montré comment le pouvoir Tunisien, ainsi que ses complices, feront l’objet de harcèlement constant – dans un premier temps – avant vraisemblablement de passer à une phase bien plus offensive, à coté de laquelle les attaques essuyées par les sites gouvernementaux Tunisiens et la bourse de Tunis ressembleront à des coups de semonce.

L’utilisation de l’armée d’une nation contre son propre peuple est un acte impardonnable, le fait que le ‘président’ Ben Ali ait mis sur pied une véritable armée numérique, sur laquelle nous avons longuement enquêté au sein de ReadWriteWeb, lui permet de pourchasser la liberté d’expression dans ses moindres recoins. La dictature Tunisienne est à ce titre l’une des dictatures numériques les plus avancées du monde, mais elle s’est désormais mise à dos les forces vives de l’internet dans ce qui s’annonce comme une lutte à mort.

Sans remettre le moins du monde en question l’importance du combat mené en ce moment par la jeunesse Tunisienne, celui mené par les Anonymous contre cette dictature est d’une importance capitale. C’est le premier du genre, et son issue aura des conséquences spectaculaires sur le rapport de force qu’entretiennent de trop nombreux régimes politiques avec leurs citoyens.

Le silence du gouvernement Français, et pire encore la dialectique choquante à laquelle vous vous êtes livré récemment au sujet du régime Tunisien, fait peser un fort soupçon de complicité sur la France.

L’argument d’un Ben Ali seul rempart contre les islamistes, considéré par beaucoup comme une excuse dont se drapent les complices de cette dictature, a été mis en pièce par nos soins en ce qui concerne internet. Nous avons eu, chez ReadWriteWeb, l’occasion d’affronter ce que nous pensions être, dans un premier temps, des groupes islamistes Tunisiens, avant de découvrir qu’il ne s’agissait en réalité que d’un poste avancé de l’armée numérique de Ben Ali, que nous avons par la suite mis à nu. Analysé et dénoncé, avec l’aide de plusieurs courageux citoyens Tunisiens, dont Slim Amamou, les graves atteintes dont l’armée numérique de Ben Ali se rend coupable à l’encontre de son peuple, bafouant ainsi la vie privée et la liberté d’expression de ses citoyens, sont intolérables aux yeux de toute démocratie qui se respecte.

Nous n’avons pas les compétences nous permettant d’estimer, comme beaucoup de spécialistes, le risque Islamiste dans la société Tunisienne. Pour ce qui est de l’internet Tunisien, par contre, après avoir essuyé durant le premier trimestre 2010 cinq attaques cordonnées d’ «islamistes» sur nos différents sites ainsi que sur nos espaces Facebook suite à la publication de cet article, nous sommes en mesure d’affirmer haut et fort que les Islamistes Tunisiens auxquels nous avons eu à faire – trois groupes distincts en apparence – ne sont en réalité que des agents du gouvernement Tunisien ou des sociétés travaillant à son service.

Nous avons identifié ces sociétés, à San Francisco, et son principal actionnaire, un ressortissant Tunisien qui réside lui à Oakland en Californie, ainsi que les méthodes et de nombreux rouages de l’armée numérique de Ben Ali, forte de 600 hommes, dédiés à l’ingénierie sociale en ligne et aux attaques informatiques. Nous avons également remonté différentes pistes, dont certaines mènent jusqu’en France.

A l’heure ou les Anonymous, qu’il convient d’appréhender comme une expression collective et mondiale en faveur de la liberté et de la démocratie, prend le parti du peuple Tunisien, il est temps pour la France de se ranger aux cotés de ceux qui défendent la liberté.

Cette notion que la France a naguère grandement aidé à populariser à travers le monde, la liberté, ne tolère pas de compromis. En continuant ainsi à justifier l’injustifiable, vous vous rangez de facto dans le camp de ses adversaires. Un camp qui, numériquement (dans tous les sens du terme), semble souffrir d’un handicap majeur.

Consequences will never be the same.

En vous remerciant par avance du communiqué que vous saurez, j’en suis sûr, rédiger afin de dénoncer les entraves faites aux libertés du peuple tunisien, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mes salutations distinguées.

Fabrice Epelboin
Editeur de ReadWriteWeb France